Emmanuel Macron vient de passer trois jours en Chine, quels ont été les moments marquants de cette visite, la première dans ce pays depuis qu'il est président ?

D'abord, par elle-même, cette visite se devait d'être marquante – vous savez comme moi, Fabienne, que rien de ce que fait ce président-là ne doit laisser indifférent – donc forcément, la perspective de la descente de Jupiter dans l'Empire du Milieu avait créé des attentes… Et de fait, on a eu un président français qui s'est présenté comme le porte-parole de l'Union européenne face au maître de la Chine, le président Xi Jinping. Il faut dire que lorsqu'on a comme interlocuteur le président de 1,4 milliards de Chinois, parler au nom de l'Europe et des ses 500 millions d'habitants, ce n'est pas du luxe.

De ce point de vue, Emmanuel Macron nous l'a jouée un peu Merkel, qui elle aussi, du temps de sa toute-puissance, aimait bien se faire passer à Pékin pour le leader de l'Europe. Comme la chancelière allemande aussi, il a adopté la tactique de la durée : fini les sauts de puce de Sarkozy et Hollande qui repartaient à peine arrivés ! Comme Merkel, Macron, lui, s'installe, prend le temps d'aller en province, bref, passe trois jours sur place. Et comme Merkel encore, il a promis de revenir chaque année : c'est bien une relation solide et durable qu'il entend bâtir avec la Chine.

Et quel est l'objectif principal de cette relation ?

Bien évidemment il est d'abord économique, et commercial. Il faut savoir une chose  : le déficit commercial de la France vis-à-vis de l'ensemble de nos partenaires coûte à notre économie un demi-point de croissance du PIB, et la majeure partie de ce déséquilibre provient de notre commerce avec la Chine. Il fautdonc convaincre les Chinois de nous ouvrir davantage leurs marchés, pour que nous puissions leur vendre davantage de nos produits, mais il faut aussi les encourager à investir davantage chez nous.

Ce déséquilibre qui a considérablement enrichi la Chine depuis deux décennies, notre ami Donald Trump appelle ça un peu brutalement, à sa manière, l'arnaque chinoise. Emmanuel Macron tourne le problème plus élégamment : il faut, dit-il, de la RE-CI-PRO-CI-TE. C'est-à-dire que si les Chinois veulent que nous leur gardions nos marchés ouverts, ils doivent aussi ouvrir la Chine à nos exportations.

Et pour que les choses soient bien claires, il a laissé son ministre de l'économie, Bruno Le Maire, qui était du voyage, le soin d'expliquer de façon plus carrée qu'il n'est pas question de se laisser « piller », selon sa propre expression.

Car attention ! Il y a un piège. On veut bien que les Chinois investissent chez nous, mais pas dans les secteurs jugés stratégiques, comme l'énergie, l'économie numérique ou les installations portuaires.

Alors, au final, le bilan est positif ?

A court terme, oui, puisque avant de reprendre l'avion, Emmanuel Macron a pu annoncer la signature de quelques contrats qui vont renforcer les exportations européennes vers la Chine, en particulier la commande de 184 avions A320 d'Airbus. A plus long terme, en revanche, rien n'est joué, car derrière son éternel sourire, le président Xi Jinping s'est bien gardé d'offrir des garanties sur l'ouverture du marché chinois. Mais il y a au moins aujourd'hui une vraie prise de conscience des Européens : avec la Chine, la naïveté n'est plus permise.

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