On l'a appris aujourd'hui : l'Arabie saoudite autorise l'ouverture prochaine de salles de cinéma..

Le prince héritier Mohammed ben Salmane met en marche son plan de réformes économiques et sociales
Le prince héritier Mohammed ben Salmane met en marche son plan de réformes économiques et sociales © AFP / FAYEZ NURELDINE

C'est une première depuis 35 ans ! Depuis 1979 exactement, date à laquelle les dernières salles de cinéma ont été fermées au cour d'une vague de puritanisme dont le royaume wahhabite a le secret. 1979, Cela ne vous rappelle rien ?

C'est l'année de la révolution iranienne. L'année où Khomeini a renversé le régime policier du Shah en l'accusant notamment de corruption des mœurs. En lieu et place d'une monarchie des religieux ont instauré une république, islamique de surcroit !

Un cauchemar pour les Saoudiens qui ont immédiatement réagi comme le « monsieur plus » de la publicité : les Iraniens instaurent une république islamique ? Eh bien, nous ferons encore plus sourcilleux et puritains ! D'où la fermeture des cinémas.

35 ans plus tard, toujours avec la même obsession iranienne en tête, le pouvoir saoudien décide donc d'accorder royalement à son bon peuple ébaubi la grâce de quelques salles de cinéma. Et le monde entier reprend cette nouvelle comme un signe d'ouverture.

D'abord, entrons dans le détail : que pourront voir les Saoudiens dans ces salles – je le prédis d'avance – d'un luxe tapageur. On a déjà une vague idée et regardant tout simplement la liste des films diffusés par la compagnie aérienne nationale.

Par qu'évidemment – hypocrisie quand tu nous tiens – l'interdiction religieuses des salles de cinéma ne s'applique pas aux avions. En résumé : toute la violence que vous voulez mais pas un baiser, pas une épaule dénudée, l'alcool flouté et la promiscuité interdite.

Il reste... Les trois volets de la Planète des Singes par exemple. Autrement dit, les films diffusés par les salles saoudiennes devront passer l'étape redoutable de la censure islamique locale. Il ne va pas rester grand chose, ça aussi je peux le prédire.

D'autant que les Saoudiens sont déjà passés à autre chose : c'est le peuple au monde le plus connecté à Internet et le plus gros utilisateurs de réseaux sociaux. Autant dire qu'ils n'ignorent rien des plateformes internet de cinéma ou tout bêtement du streaming.

En fait, cette annonce a deux buts. Le premier, c'est rabattre le caquet des religieux du pays. Leur rappeler qui décide. Le grand mufti d'Arabie saoudite, il y a quelques mois à peine, avait expliqué que les films commerciaux était une source de « dépravation ».

De plus, le prince héritier Mohammed ben Salman, n'a pas oublié les religieux dans la vague d'arrestations du mois dernier. Y compris des religieux qui réclamaient une plus grande ouverture du régime mais surtout une démocratisation politique.

En clair, le prince héritier fait passer auprès des religieux deux messages : c'est moi qui décide ce qui est halal ou non et restez dans votre domaine, n'allez pas mettre votre nez dans les affaires politiques du royaume.

Enfin, il y a un message à la société saoudienne dans son ensemble : patientez encore un peu, je n'en suis qu'au début. Enfin, un message aux Iraniens : ce qui est moderne se passe de ce côté-ci du golfe persique.. ; Pardon du golfe arabique.

En fait, c'est une vieille histoire que cette volonté de flatter le peuple en lui donnant des os à ronger. C'est même vieux comme l'empire romain : panem et circenses ! Du pain et des jeux... D'un côté, le prince héritier a raison de s'inquiéter :

La population saoudienne est très jeune, très éduquée et très frustrée. De l'autre, je ne suis pas certain que quelques salles de cinéma et quelques permis de conduire accordés aux femmes suffiront à calmer à terme tant de frustration accumulées.

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