Vladimir Poutine nous a encore étonnés cette semaine, en allant rendre visite aux troupes russes, en Syrie. Alors ça y est, Poutine a gagné la guerre ?

  • C'est en tout cas l'impression qu'il veut donner

Mais attention à ne pas crier victoire trop tôt ! Vous vous souvenez sans doute, Fabienne, de cette image de George W. Bush en combinaison de pilote, sur le pont de son porte-avions, le 1er mai 2003, c'est-à-dire six semaines après le début de l'invasion de l'Irak. Au-dessus de lui, flottait une banderole qui proclamait triomphalement : « Mission accomplished »  ; Mission accomplie !

La suite, vous la connaissez : Al Qaida, l’État islamique, des dizaines de milliers de morts. Quatorze ans après, les troupes américaines sont toujours en Irak.

Alors Vladimir Poutine, lui, a fait plus sobre, en costume sombre, lundi sur la base aérienne russe de Hmeiminn, en Syrie. Il a passé ses troupes en revue, les a félicitées d'avoir sauvé l’État syrien et a annoncé à ses soldats qu'ils allaient bientôt commencer à rentrer chez eux – en tout cas une partie d'entre eux.

  • Faut-il croire Poutine quand il dit que les troupes russes ont sauvé la Syrie ?

Ce qui est vrai c'est qu'elles ont surtout sauvé le régime de Bachar Al-Hassad, le président syrien, qui accompagnait Poutine sur la base aérienne. Quand je dis accompagnait, il serait plus exact de dire : « suivait », car la chorégraphie de l'événement était soigneusement mise au point pour bien montrer qui, désormais, est le chef : lorsque Bachar-Al-assad collait un peu trop Poutine pendant la parade, un officier russe s'empressait de le bloquer pour mettre plus de distance entre les deux hommes. Le message était clair : sur la photo, il ne doit y en avoir qu'un et c'est Vladimir Poutine.

Cela dit, il faut quand même reconnaître que le chef du Kremlin a réussi un joli coup militaire en stabilisant la situation en Syrie car lorsqu'il a lancé l'intervention russe en septembre 2015, peu d'experts donnaient cher de ses chances de réussir.

  • A-t-il raison de proclamer « mission accomplie » ?

En réalité, tout dépend des objectifs qu'il voulait atteindre. S'il voulait sauver Bachar : oui, mission accomplie. S'il voulait signer le grand retour de la Russie au Moyen-Orient : mission accomplie. S'il voulait écraser la rébellion démocratique au régime de Bachar : mission accomplie. Vladimir Poutine affirme aussi avoir vaincu Daesh mais là, il n'est pas le seul sur ce terrain-là, comme l'a aussitôt fait remarquer notre ministre à nous, Jean-Yves Le Drian.

En revanche, s'il avait pour objectif de rétablir la paix en Syrie, alors là, ce n'est pas gagné. Le président russe a beau avoir réalisé le tour de force de pouvoir parler à à peu près tous les acteurs importants de la région, y compris l'Iran et la Turquie, il n'a pas pour autant réussi à mettre sur pied un processus de paix. Il a besoin de l'ONU pour jeter les bases d'une transition politique en Syrie car tout seul, il n'y arrive pas. C'est là que les Occidentaux, et en particulier les Européens, doivent poser leurs conditions : lorsque va venir le moment de dresser la facture de la reconstruction de la Syrie, ils devront exiger que cette reconstruction se fasse en vertu d'une véritable transition politique, et non pas d'un simple ravalement de façade du régime, comme le souhaite Moscou. 

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