San Francisco est en deuil. La ville a perdu son maire, le démocrate Ed Lee, qui est brusquement décédé à l’âge de 65 ans. Un homme au parcours emblématique du « rêve américain », explique CL.

Ca a été un choc. Mardi matin, les habitants ont appris la mort de leur maire, en se réveillant. Personne ne s’y attendait. Ed Lee n’avait que 65 ans, vous l’avez dit, et il n’était qu’au milieu de son deuxième mandat. C’était une figure appréciée à San Francisco. Les gens s’étaient habitués à son allure bonhomme, sa moustache grise, son look de petit commerçant plus que d’homme politique.

Ed Lee a eu une crise cardiaque alors qu’il faisait ses courses au supermarché de son quartier. Bref, c’était un homme comme tout le monde. Mais c’est lui qui a transformé la ville, et qui en a fait la capitale mondiale des technologies.

Aujourd’hui, Airbnb, Uber, Salesforce, Twitter, Yelp, Mozilla -j’en passe- ont leur siège à San Francisco. Sans parler des start ups : il y en a une pour 1000 habitants.

  • Il était aussi le premier maire d’origine asiatique

Son élection a été une grande source de fierté pour la communauté asiatique, qui représente 38 % de la population à San Francisco-et notamment pour les Sino-Américains. Les Chinois se sont tenus longtemps en retrait de la politique aux Etats-Unis. Beaucoup gardent en mémoire le souvenir des persécutions du début du XXème siècle, la loi sur l’exclusion, les quotas d’immigration. A San Francisco, ils n’avaient jamais accédé à la mairie alors qu’un habitant sur 5 est d’origine chinoise.

Ed Lee, c’était le rêve américain incarné. Ses parents étaient arrivés du Guangdong dans les années 30. Son père était cuisinier, sa mère couturière. Il a été le premier de sa famille à aller à l’université – à Berkeley, où il a fait du droit. Jeune avocat, il s’est engagé dans la défense des clandestins de Chinatown, exploités dans les sweat shops et logés dans des conditions d’insalubrité extrême. Il avait organisé la première grève des loyers en 1978.

Pendant 20 ans, il a occupé des postes administratifs à la municipalité. En 2011, il est devenu maire presque sans le vouloir, quand son prédécesseur Gavin Newsom a été élu gouverneur adjoint de Californie. Ed Lee devait être un maire de transition. Il avait même promis de ne pas se présenter. Mais la communauté chinoise l’a plébiscité. 

  • Cela dit, son bilan ne fait pas l’unanimité

Le dernier sondage, avant sa mort, lui donnait moins de 50 % d’opinions favorables. Beaucoup lui reprochent d’avoir laissé entrer le « loup » dans la bergerie. En l’occurrence, les géants des technologies, qui étaient cantonnés à la Silicon Valley. Leur installation dans la ville a triplé les prix de l’immobilier. 

Ed Lee les a attirés en leur offrant des allègements d’impôts en 2012. A condition qu’ils  s’installent dans les quartiers en déliquescence. Le premier a été Twitter, sur Market Street, suivi d’une vingtaine d’autres.

Mais les retombées de la Tech n’ont pas profité aux plus pauvres. La croissance de Twitter a fait des dizaines de multi-millionnaires mais les sans abri sont toujours là, sur le trottoir d’en face Pourtant le budget de la ville a augmenté d’un tiers : 10 milliards de dollars cette année, soit autant que Paris.

La crise des homeless, c’est le grand échec du maire Lee. Un paradoxe pour quelqu’un qui avait passé sa jeunesse à lutter pour le logement social.

Des élections sont prévues en juin 2018. D’ici là, la présidente du conseil municipal fait l’intérim. Elle s’appelle London Breed. Elle aussi s’est élevée à la force du poignet. Elle aussi est une pionnière : la première femme noire à la tête de la ville de San Francis

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