Le tanker iranien qui brûlait depuis plusieurs jours au large de la Chine a donc fini par sombrer.

Le tanker iranien qui brûlait depuis plusieurs jours au large de la Chine a donc fini par sombrer...

Et avec lui près de 136 000 tonnes d'hydrocarbure et ce, à 300 km au large de Shanghai. Pour vous donner une idée, c'est à peu près le tonnage du Torrey Canyon qui, en mars 1987, avait pollué les côtes bretonnes.

La différence de taille est que le Torrey Canyon transportait du pétrole brut, très épais, visqueux et difficile à traiter alors que dans le cas du pétrolier iranien échoué en mer de Chine, il s'agit d'hydrocarbure légers, plus facilement dispersables.

Il n'empêche, les autorités chinoises ont déjà relevé une nappe de près de 20 km de long. Ce qui fait, qu'en plus des deux victimes humaines de cette catastrophe, la région va devoir gérer la pire marée noire depuis 1991.

Alors que sait-on de ce tanker ? Qu'il est iranien, qu'il se dirigeait vers la Corée du sud et que, pour se faire, il a emprunté un des axes maritimes les plus importants au monde : le fameux détroit de Malacca, par lequel passe un tiers du commerce mondial.

  • Un détroit stratégique donc surtout pour la Chine

Lorsqu'on parle de commerce mondial, on parle avant tout de commerce maritime. C'est par les mers et les océans que transitent les trois-quart du commerce mondial. Or la Chine est avant tout une nation exportatrice.

Donc, pour elle, le contrôle des voies maritimes depuis l'océan indien jusqu'à la mer de Chine en passant par le fameux détroit indonésien de Malacca, est une affaire centrale qui ressort carrément de son indépendance.

C'est son obsession actuelle : contrôler les routes maritimes par lesquelles passent ses marchandises mais aussi son approvisionnement en pétrole. Voilà pourquoi un tanker iranien croisait dans ces eaux : l'Iran est un des premiers fournisseurs en pétrole de la Chine.

C'est même une des leçons les plus étonnantes de la crise actuelle au Moyen-Orient. Les Etats-Unis font tout depuis 40 ans pour affaiblir l'Iran qui s'est donc massivement tournée vers la Chine. Aujourd'hui la moitié des exportations iraniennes partent en Chine !

  • Les Etats-Unis ont tout de même beaucoup d'alliés en Asie du sud

Vous avez raison. Jusqu'à présent, ce sont les Etats-Unis qui assuraient la sécurité du transport maritime en Asie du Sud. Ils ont pour cela des alliés anciens, comme les Philippines, l'Indonésie, la Corée du Sud et évidemment le Japon. 

Autrement dit, pendant l'essentiel du XXe siècle, ce que la Chine vendait et ce qu'elle achetait passait au large de bases américaines et était escorté par des navires de guerre américains. La Pax Americana en clair, du détroit d'Ormuz à celui de Malacca.

Mais cet ordre mondial est devenu insupportable à la Chine. D'abord pour des raisons historiques. La Chine a toujours contrôlé – de l'antiquité au XIXème siècle – le commerce régional et les routes maritimes.

Elle n'a abandonné ce contrôle qu'à compter du milieu du XIXe siècle aux britanniques d'abord et aux américains ensuite. C'est ce qu'elle appelle « le siècle de l'humiliation ». Elle ne fait donc, en ce début de XXIe siècle que récupérer son bien séculaire.

  • Et elle s'en donne les moyens

D'abord des moyens militaires : en cinq ans, ses troupes de marine devraient passer de 20 000 à 100 000 hommes. Et je ne parle même pas de sa flotte dont il est prévu qu'en quinze ans, elle dépasse celle des Etats-Unis.

Par ailleurs, Pékin a réactivé toutes ses revendications maritimes, même les plus délirantes. C'est-à-dire qu'elle revendique des îles et îlots qui sont parfois à quelques kilomètres des côtes Philippines, par exemple, et à plusieurs centaines des siennes. 

L'idée est toujours la même : imposer un rapport de force, pas forcément pour faire la guerre mais juste pour s'imposer. Et les Etats-Unis n'ont déjà plus les moyens de suivre. 

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