Un barrage qui est en train de mettre le feu à la vallée du Nil.

On l’appelle "le barrage de la Renaissance", mais c’est plutôt celui de la discorde. Une fois achevé, il sera le plus important barrage hydro-électrique d’Afrique. Les travaux doivent s’achever en 2018 mais ils ont pris du retard. Grâce à lui, l’Ethiopie va devenir, à l’horizon 2020, le principal producteur d’électricité du continent. Elle va pouvoir aussi développer une agriculture irriguée, quasiment inexistante chez elle.

  • Pourquoi l’appeler "le barrage de la discorde" ?

En effet, le barrage de la Renaissance ne fait pas que des heureux pour une simple raison. Il se trouve sur le cours du Nil bleu, dont l’Egypte dépend à 70 % pour son eau. L’adage est bien connu : sans le Nil, l’Egypte n’existerait pas. Et si le volume d’eau du Nil diminue, c’est toute la population égyptienne, c’est-à-dire 95 millions d’habitants, qui pourraient en souffrir. Car l’ensemble des égyptiens vivent le long de l’étroite bande verte et bleue dessinée par la vallée du Nil, soit 5 à 6 % de la surface de leur pays, à peine la taille de la région Grand-Est ou de la Croatie.

Jusqu’à présent, l’Egypte estimait avoir un droit inaliénable et supérieur aux autres pays sur les eaux du Nil. Un traité, signé à la fin des années 1950 avec le Soudan, lui accordait la part du lion. L’Ethiopie n’était même pas consultée, ette elle ne faisait pas partie du traité. Mais depuis, le géant éthiopien s’est réveillé, modernisé. Ce pays, longtemps féodal et miséreux, compte aujourd’hui un peu plus de 100 millions d’habitants. Et pour donner du travail à sa jeunesse, il est en train de se transformer en puissance industrielle. Or, pour faire tourner les usines, il faut de l’électricité. La querelle du Nil est le révélateur du déclin de l’Egypte face à l’émergence de nouvelles puissances en Afrique.

  • Quel règlement ? 

En 2015, l’Ethiopie, l’Egypte et le Soudan avaient trouvé un accord sur le partage des eaux du Nil. Mais depuis, les choses se sont dégradées. Essentiellement pour des raisons politiques. Le Soudan, dirigé par un régime islamiste, a pris le parti de l’Ethiopie dans la querelle du Nil. L’Egypte, qui est en guerre contre les Frères musulmans, ne l’a pas supporté. L’Erythrée, qui est à couteaux tirés avec l’Ethiopie, a ouvert grand ses portes et ses bases militaires à l’Egypte et à leurs alliés des Emirats. Le Soudan, pour y répondre, a convié en décembre la Turquie a installer un port militaire sur la mer Rouge. La Turquie et les Emirats ne peuvent pas se supporter : la première soutient le Qatar et les Frères musulmans, tandis que les seconds les combattent férocement. 

Et désormais, tous les pays de la région s’affrontent par milices et armées interposées au Soudan du Sud, déchiré par une guerre civile. Le Soudan du Sud, le plus jeune Etat du monde par lequel passe la plus grande partie du cours du Nil blanc, l’autre branche du Nil.

Les eaux du fleuve sacré à l’époque antique sont en train de devenir source de danger. C’est bien triste parce que le Nil est synonyme de vie.

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