Que signifie "parler avec Assad" ? Parler de quoi ? dans quel but ? dans quel cadre ?

Cette formule que le président Emmanuel Macron répète aussi souvent que possible : Notre ennemi est Daech, Bachar Al-Assad est l’ennemi du peuple syrien. La formule n’est d’ailleurs pas de lui, c’est Jean-Yves Le Drian qui l’a inventée, au temps où il était ministre de la défense sous François Hollande. Maintenant, il s’occupe de la politique étrangère de la France et il a le mérite de la cohérence. Cette phrase, qu’est-ce qu’elle signifie ? Elle dit en fait que notre intérêt ce n’est pas de combattre Bachar Al-Assad, qui n’a rien fait à la France, mais Daech, qui a commis des attentats à Paris, à Saint-Denis, à Nice et ailleurs. Pour le public français, c’est une évidence, du moins en apparence.

  • Pourquoi en apparence ?

Si vous vous souvenez bien des attentats de Paris et Saint-Denis, les kamikazes qui ont mené les attaques sont presque tous venus de Syrie par la route des migrants en 2015. Pendant toute l’année 2015, des centaines de milliers de Syriens ont fui leur pays ou leur camp de réfugiés, en Turquie et au Liban, pour traverser la Méditerranée, arriver en Grèce, poursuivre leur voyage à travers la Hongrie, l’Autriche pour arriver en l’Allemagne pour certains, en Suède pour d’autres, et enfin en Belgique ou en France, dans le cas des terroristes.

Et qui a poussé tous ces Syriens sur les routes, qui a chassé de son pays 5 millions d’habitants sur 28? C’est Bachar Al-Assad. C’est lui qui a déstabilisé ses voisins et l’Europe en usant d’une violence sans limite. Les effets s’en font sentir jusqu’à aujourd’hui puisque les scores électoraux des populistes et de l’extrême droite, en Allemagne ou en Autriche, trouvent leur source en partie dans cette crise des migrants. Qui est en fait une crise de la Syrie.

J’ajouterai qu’au tout début de la révolution, en 2011, le régime syrien a fait sortir de prison les djihadistes pour mieux semer la confusion au sein de l’opposition. Et que pendant longtemps, sa priorité a été de combattre ses opposants armés plus que les djihadistes qui ont bénéficié d’une certaine tranquilité. Donc Assad est bien un problème pour nous aussi.

  • Mais alors, est-ce qu’il faut parler à Bachar Al-Assad ?

Là encore, Emmanuel Macron joue sur les mots et fait un peu de démagogie en cherchant à marquer sa différence par rapport à François Hollande. Déjà, il faudrait définir ce que veut dire parler avec Assad : parler de quoi ? 

On ne peut pas dire, comme l’a régulièrement fait Emmanuel Macron, que Bachar Al-Assad est un boucher et entretenir un dialogue normal avec lui. Ou alors on parle de la boucherie dont il est responsable et donc du fait de rendre des compte à la justice, et donc de son départ. Il en est hors de question pour Bachar Al-Assad, qui a envoyé au diable la petite ouverture de Macron. Le président syrien n’est prêt à aucune concession: ni sur l’accès humanitaire, ni sur l’usage des armes chimiques, les deux lignes rouges d’Emmanuel Macron en Syrie, ni même sur un partage du pouvoir comme l’a prouvé sa politique de la chaise vide aux négociations de Genève. Bref, on revient à la case départ.

  • Alors qu’est-ce qu’il faut faire?

Il faut surtout parler avec ceux qui ont le vrai pouvoir en Syrie : la Russie et l’Iran. Mais sans illusion. Parce que même eux, n’ont pas forcément le dernier mot et que le régime syrien est très fort pour jouer de ses parrains l’un contre l’autre. Cette semaine, Vladimir Poutine s’est invité à Lattaquié, sur la base russe, pour annoncer le départ de ses troupes, du moins d’une partie d’entre elles. Cette humiliation était destinée, entre autres, à faire comprendre à Assad qu’il était temps de négocier un traité de paix. Bachar, lui, a encaissé sans broncher, mais il continue de dire qu’il n’y a rien à négocier.

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.