Ces désertions sont très rares. Il y a en moyenne entre 1000 et 1500 Nord-Coréens qui, tous les ans, rejoignent la Corée du Sud. Un chiffre, au fond, assez faible pour un pays de 20 millions d'habitants et alors que l'économie sud-coréenne est 44 fois plus puissance que celle du nord.

Cela s'explique par des frontières plus qu'hermétiquement closes entre les deux frères ennemis, par le fait que les deux autres pays frontaliers de la Corée du Nord, la Chine et la Russie, sont deux alliés de Pyongyang, donc plutôt enclins à renvoyer les fuyards.  

Il reste la mer et le Japon à quelques centaines de kilomètres plus à l'est. La traversée de la mer du Japon est cependant très dangereuse et l'on retrouve tous les ans des « bateaux fantômes » remplis de cadavres de fugitifs, échoués sur les côtes japonaises.  

Un article intéressant dans la presse chinoise publié dans le South China Morning Post. Un quotidien de Hong-Kong en anglais et qui, régulièrement, sert de boite aux lettres aux autorités chinoises.  

Le Post est un quotidien de tradition occidentale, publié dans un territoire qui appartient à la Chine mais qui est autonome, Hong Kong. Autrement dit, c'est le quotidien idéal lorsque Pékin veut adresser un message discret à l'Occident.  

Ce n'est pas le Quotidien du Peuple, en clair. Qui est interviewé dans cet article : un ancien diplomate en charge il y a une dizaine d'année de la Corée au ministère des Affaires étrangères de Pékin. Là encore, un officiel à la retraite mais important.  

Impossible d'imaginer que ce Yang Xiyu se soit permis une interview sur un sujet aussi brûlant, la Corée du Nord actuelle et son programme nucléaire, sans en avoir immédiatement référé – et très en avance – à son administration d'origine.  

Or que dit cet homme : il explique que le père et le grand-père de Kim Jong Un, avaient passé une sorte d'accord tacite avec Pékin : s'arrêter juste avant d'avoir acquis la bombe atomique et l'avoir suffisamment miniaturisée pour la placer sur un missile.  

Or cet homme explique que l'actuel dirigeant nord-coréen, Kim Jong Un, a jeté aux orties cet accord. La meilleure preuve de ce retournement stratégique est l'humiliation subie il y a à peine un mois par un officiel chinois de passage à Pyongyang.  

Cet homme, Song Tao, envoyé spécial du président Xi, a visité le pays pendant 4 jours. Il a bien été reçu par le bras droit de Kim Jong Un, mais le dictateur joufflu de Corée du Nord n'a pas trouvé une minute en quatre jours pour le saluer. D'où l'humiliation.  

Alors maintenant, le message. Pourquoi Pékin prend-il toutes ces précautions pour raconter son humiliation et surtout la trahison nord-coréenne. Tout simplement parce que les Etats-Unis sont en train de faire monter la pression sur le seul sujet qui compte : Le commerce bilatéral entre Pékin et Washington. La croissance chinoise tourne probablement plus près des 4% que des 6,9% officiellement admis par Pékin. C'est clairement un ralentissement. Or la Chine est avant tout une économie exportatrice.  

Et elle est avant tout tournée vers les Etats-Unis qui sont de loin le premier marché. Or lorsque Donald Trump explique que le commerce bilatéral est trop déséquilibré en faveur de la Chine, il sème la panique – la vraie, la seule – du côté de Pékin.  

Or la Corée du Nord, son programme nucléaire, son régime ombrageux est une monnaie d'échange toute trouvée. Le message est donc : nous n'aurions aucun état d'âme à abandonner Pyongyang si en retour Washington promet une paix commerciale éternelle.

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