Cela fait déjà six semaines que le scandale a éclaté et, six semaines après, l'affaire Weinstein continue à faire des ravages. Aujourd'hui, en grande partie grâce aux réseaux sociaux, le phénomène de dénonciation du harcèlement sexuel est quasiment planétaire.

Désormais, ce n'est plus une vague, ce n'est plus même une déferlante, c'est une lame de fond. Elle est partie des Etats-Unis, elle a rapidement traversé l'Atlantique. Alors si vous le voulez bien, on va faire un petit tour du monde de cette onde de choc de l'affaire Weinstein.

Alors, aux Etats-Unis ?

Il ne se passe pas un jour sans qu'une tête tombe, sans qu'une personnalité connue ne soit accusée - au mieux de comportements déplacés, au pire de harcèlement, voire de viols. Cela concerne Hollywood bien sûr, et le monde du spectacle, mais aussi le monde politique et celui des médias. Cette nuit nous apprenions que le légendaire Charlie Rose, le roi de l'interview télévisée, était à son tour suspendu par la grande chaîne CBS, après la publication des témoignages de huit femmes contre lui.

Et à Washington, l'onde de choc atteint maintenant le parti démocrate, dont un sénateur très populaire, Al Franken, est à son tour accusé, et c'est là qu'on se remet à parler des frasques de Bill Clinton… Beaucoup plus, étrangement, que de celles de Donald Trump, d'ailleurs.

Et Harvey Weinstein, dans tout ça ?

Curieusement, accusé de dizaines de viols et d'agression sexuelles, ce producteur de cinéma prédateur est encore en liberté, sans doute plus pour très longtemps car plusieurs enquêtes ont été ouvertes. Comme Kevin Spacey, il s'est enfermé un moment dans un établissement spécialisé dans le traitement des addictions, en Arizona. Pour l'instant, il a tout perdu, sa femme qui a demandé le divorce, sa société de production, ses décorations, et il se cache.

Et de ce côté-ci de l'Atlantique, où en sommes-nous ?

Alors en France, la parole s'est libérée, comme on dit, mais les têtes ne tombent pas… Disons que le harceleur français résiste assez bien, dans les milieux du cinéma comme de la politique. De même qu'en Italie où Silvio Berlusconi, le roi du Bunga Bunga, est de retour sur le devant de la scène politique.

Les choses sont très différentes en Grande-Bretagne, où l'on compte déjà sept démissions au gouvernement et au parlement, et en Scandinavie où les dénonciations ont atteint des proportions dantesques, tout particulièrement en Suède – OUI, en Suède, le pays que l'on pensait le mieux policé en termes de relations entre hommes et femmes. Eh bien détrompez-vous, ces jours-ci les journaux suédois regorgent de lettres et de pétitions d'artistes, actrices, musiciennes, intermittentes du spectacle qui racontent leurs expériences d'agressions sexuelles au travail : un jour ce sont 1993 femmes de l'industrie musicale qui accusent et promettent de ne plus se taire, un autre 703 actrices, ou encore 6000 – oui, 6 000 !- juristes ou employées du monde judiciaire.

Mais est-ce que les mentalités changent au moins ?

C'est la VRAIE question, vous avez raison et je crains de ne pas avoir encore la réponse. Mais ce que l'on peut se dire, c'est que le phénomène, cette fois, commence à travailler les sociétés en profondeur et qu'il est en train de déborder vers l'Asie et même une partie du monde musulman, où de jeunes femmes portent ce combat. Donc oui, on peut espérer que les choses évoluent vraiment, mais à une condition : surtout, ne pas relâcher la pression.

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