Christophe Ayad résume la situation catastrophique au Yémen. Une guerre aussi honteuse que cachée. Ceux qui la mènent, d’un côté comme de l’autre, ne veulent pas de témoins. Ce n’est plus une guerre civile mais régionale.

De tous les pays que j’ai pu visiter, le Yémen est sûrement le plus beau et le plus original que j’ai jamais vu. Seulement, on ne peut plus y aller aujourd’hui comme journaliste, ou presque. 

Pour résumer.

Il y a, d’un côté, des rebelles du nord qui ont renversé le gouvernement élu du président Hadi et pris la capitale, Sanaa. De l’autre côté, ce gouvernement, qui s’est replié à Aden, au sud. Le camp rebelle est soutenu de loin par l’Iran. Et celui du gouvernement par l’Arabie saoudite, et ses alliés arabes, qui interviennent depuis 2015. 

Pourquoi l’Arabie saoudite ? 

Parce que le Yémen est à sa frontière et qu’il n’est pas question de laisser s’installer un régime proche de l’Iran. Seulement, on se retrouve dans une situation où le pays arabe le plus riche, l’Arabie, détruit à coup de bombardements aériens le plus pauvre, le Yémen. Tout y passe : les ponts, les aéroports, les écoles, les hôpitaux, car les rebelles y cachent une partie de leurs armes. On comprend pourquoi personne ne veut de témoin : ni ceux qui détruisent le Yémen à coup de bombes, ni ceux qui le prennent en otage.

Résultat ? 

10 000 morts, probablement le double puisque ce chiffre est celui qu’on donne depuis un an et il n’évolue pas. Il n’y a plus personne pour compter d’ailleurs. 

Mais il y a pire. L’embargo mené par l’Arabie saoudite et ses alliés. Jusqu’à récemment, l’aide humanitaire passait au compte-gouttes, désormais, tout est fermé, bloqué. 

Résultat encore ? 

La famine menace 50 000 enfants et la pire épidémie de choléra du XXIe siècle. Ce qui se passe au Yémen est désormais considéré, par l’ONU, comme la “pire crise humanitaire du monde”: 14 millions de Yéménites, 1 habitant sur 2 n’a pas accès à des soins, 20 millions, soit 2 sur 3, ont besoin d’aide alimentaire. La vue de 400 000 enfants est menacée. 

Tout cela nous concerne

Parce que nous vendons des armes à l’Arabie saoudite : la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni. Des milliards de dollars d’armement, 40, rien que pour Washington. Et pour cette raison, nous couvrons l’Arabie saoudite, nous la protégeons au Conseil de sécurité de l’ONU, où aucune résolution condamnant l’embargo n’a pu être votée.

Cela ne sert à rien de condamner Bachar Al-Assad et Poutine pour les massacres de civils en Syrie et de ne pas le faire au Yémen.

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