2017 a été une année agitée, mais elle l'a été plus particulièrement pour les femmes...

Oui, pour les femmes, cette année a été placée sous le signe de la colère. Elle couvait, cette colère, on l'avait sentie monter pendant la campagne électorale américaine qui, pour la première fois, avait laissé espérer la victoire d'une femme, Hillary Clinton, à la Maison Blanche. Mais Hillary Clinton a été battue et, dès le 21 janvier, au lendemain de l'investiture de Donald Trump comme président des Etats-Unis, la colère des femmes a éclaté.  

Ce jour-là, elles ont été des millions à manifester dans les grandes villes des Etats-Unis. Elles manifestaient par frustration et aussi par indignation de voir s'installer à la Maison Blanche un homme dont la grossièreté à l'égard des femmes était connue depuis longtemps, et qui s'était confirmée tout au long de la campagne.  

Cette colère a mijoté, puis à l'automne, elle a fini par exploser. Le détonateur, cela a été deux grosses enquêtes du New York Times et du magazine The New Yorker qui ont révélé ce que l'on appelle aujourd'hui l'affaire Weinstein. Où l'on apprenait que Harvey Weinstein, le roi d'Hollywood, le producteur qui faisait la pluie et le beau temps dans le cinéma, n'était qu'un obsédé sexuel de la pire espèce qui se servait de son pouvoir pour harceler, violer les actrices ou, si elles résistaient trop, briser leurs carrières.

  • Et cette affaire a constitué un tournant, pour les Américaines ?

Oui, un vrai tournant, car non seulement des actrices et des travailleuses du monde du spectacle se sont mises à témoigner contre lui, mais à partir de ce moment-là, les femmes ont cessé d'avoir peur de raconter le harcèlement. Le hashtag #MeToo - ou le mot-dièse, comme vous préférez – s'est répandu comme une traînée de poudres sur les réseaux sociaux, et a servi de véhicule pour dénoncer les comportements sexistes des hommes non plus seulement à Hollywood mais dans les médias, dans l'industrie high-tech, et jusque dans la politique. Les élus du Congrès n'ont pas été épargnés et en cette fin d'année, Donald Trump lui-même doit sentir le vent du boulet car le candidat qu'il soutenait, dans une élection partielle en Alabama, a été battu. Ce candidat avait une particularité, celle d'avoir été accusé d'avoir abusé de jeunes filles. Et lui aussi, #MeToo l'a tué.

  • Est-ce que ce grand déballage sert à quelque chose ? Est-ce que les comportements vont changer ?

C'est évidemment la grande question. Sommes-nous en présence d'un phénomène spectaculaire, certes, mais éphémère, ou bien d'un bouleversement profond qui va changer la donne des rapports hommes-femmes ?

J'aurai tendance à dire qu'il sera difficile de faire comme si rien ne s'est passé. Le mouvement #MeToo a traversé les frontières et les océans, il est arrivé jusqu'à nous - oui, chez nous, en France ! - bref, il a secoué les esprits. Mais pour qu'il parvienne vraiment à modifier les comportements, il ne faut pas s'arrêter là.

Mettre fin à un système qui fait que trop d'hommes se croient permis de profiter de leur position dominante pour agresser ou harceler des femmes, c'est une lutte de longue haleine, qui demande la mobilisation de toutes les femmes, bien sûr, mais aussi des hommes. #MeToo, au bout du compte, n'est qu'une étape dans le long combat pour l'égalité des homes et des femmes. Mais c'est une étape importante. 

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