Un gros morceau pour le dernier Conseil des ministres aujourd'hui avant la trêve estivale : la réforme du médicament. A quoi cela sert ?

L'objectif est simple : plus jamais de scandale à la Mediator, ce médicament du laboratoire Servier qui a tué des centaines de malades soignés pour leur obésité. Le moyen, lui aussi, est simple : la transparence. Le projet présenté par Xavier Bertrand, le ministre du Travail et de la santé, s'inspire fortement d'une loi américaine, le Government in the sunshine Act .En bon français, il faut exposer le travail de l'administration à la lumière du soleil.

Alors comment on fait la lumière sur l'administration?

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médicament © Radio France / coachline

Quand un médicament est lancé sur le marché, il y a toute une procédure d'agrément, pour que l'administration donne son accord. Cela suppose de vérifier que le médicament a un réel effet positif, qu'il n'a pas trop d'effets secondaires dangereux, etc. Les étapes de cette vérification seront désormais publiques. L'historique des liens financiers des experts avec les labos devront eux aussi être publics. Les comptes rendus seront accessible à tous. L’agence du médicamenta d’ailleurs dénoncé les lois. Si vous êtes curieux, vous pouvez déjà aller regarder sur internet les films de certaines réunions chargées d’évaluer l’efficacité des produits. L’historique des liens financiers des experts et des employés des agences publiques avec les labos devront eux aussi être publics. Les entreprises pharmaceutiques devront notamment diffuser tous les avantages de plus de 100 euros par an versés aux professionnels de santé, aux étudiants en médecine, aux associations de patients, aux journaux ou aux entreprises de conseil.

Mais pourquoi tout ça n'a pas été fait plus tôt ?

D'abord, il n'y avait pas eu de scandale comme le Mediator, et en France l'administration aime bien travailler dans son coin. Mais derrière, il y a aussi un problème économique. En France, il y a un grand labo, Sanofi-Aventis, avec une politique d'innovations dynamique même si ça ne marche pas toujours. Derrière, il y a toute une série de labos moyens comme Servier qui ont eu développé quelques médicaments mais qui manquent de puissance industrielle. Ils ont eu tendance à compenser cette faiblesse en développant un lobbying très actif et très efficace dans les couloirs du ministère de la Santé pour assurer la promotion de leurs produits. Des médicaments pas très utiles auraient ainsi été autorisés par l'administration, puis remboursés par la Sécu. La transparence voulue par le gouvernement devrait mettre fin aux petits arrangements entre amis. Mais en contrepartie, des entreprises françaises qui furent belles risquent de souffrir, d'autant plus qu'elles ont déjà été souvent victimes de mesures de déremboursement prises par l'assurance-maladie ces dernières années.

Au final, cette transparence sera-t-elle être efficace ?

Sur le papier, il n'y a pas de problèmes : on a une politique du médicament toute neuve toute belle. Mais pour qu'elle marche, ça suppose deux choses. D'abord, il faut que ces mesures soient appliquées, année après année, méthodiquement, par une administration et des entreprises qui n'aiment pas beaucoup la transparence, qui n'y ont pas intérêt à court terme et qui n'en ont pas la culture. Ensuite, il faut qu'il y ait des gens en face pour travailler sur cette masse d'informations. Aux Etats-Unis, il y a des fondations, des centres de recherche, des universités qui font ce travail qui consiste souvent à rechercher une aiguille dans une botte de foin. En France, ça prendra du temps pour passer de la transparence formelle à la transparence réelle.

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