La récolte de blé a été bonne en France cette année, mais les prix des céréales flambent. Qu'est-ce qui se passe ? C'est tout simple : les prix du blé et du maïs sont fixés sur le marché mondial. Alors certes en France les choses se sont plutôt bien passées. Si le gel en début d'année a provoqué des pertes sur certaines cultures comme l'orge d'hiver, il a ensuite beaucoup plu au printemps. Ca a fait râler les citadins comme nous mais ça a fait pousser les « céréales à paille », comme disent les experts du ministère de l'Agriculture. Son service statistique a indiqué hier que leurs récoltes auraient progressé de 13%. Mais ça ne se passe pas du tout pareil ailleurs. Au nord de l'Europe, la pluie a inondé les champs. Au sud au contraire, elle a manqué. C'est pire encore à l'est et à l'ouest, autour de la mer Noire et surtout aux Etats-Unis. Là-bas, plus de trente Etats ont été déclarés en catastrophe naturelle. Comme les stocks mondiaux sont plutôt bas, les prix s'envolent. Depuis la mi-juin, le soja a pris 30%, le maïs 55%, ils sont à des prix records. Quant au blé il a pris 50%! Ca va être la fête chez les Beaucerons, mais pas forcément ailleurs. Alors justement, quelles vont être les conséquences de cette poussée des prix agricoles ? Pas bien sorcier à prévoir : ça va nous coûter plus cher de manger. A vrai dire, c'est déjà le cas. Sur un an, les prix à la consommation des produits alimentaires ont augmenté de 3,2% contre 1,9% pour l'ensemble des prix. Si on regarde à plus long terme, l'écart est encore plus frappant. En quinze ans, les prix des produits industriels n'ont pratiquement pas bougé alors que ceux des produits alimentaires ont augmenté d'un tiers. Il ne faut toutefois pas dramatiser la situation : le blé représente à peine le dixième du prix d'une baguette de pain. Et qui va le plus souffrir de cette hausse ? Ceux qui dépensent le plus pour leur alimentation, c'est-à-dire les plus pauvres. Moins on gagne d'argent, plus la part du revenu consacrée à se nourrir est importante. Ca ne va donc pas être facile pour les moins aisés en France. C'est pire encore dans les pays émergents, ceux où la majeure partie de la population vit avec une poignée d'euros ou de dollars par jour, comme par exemple au Sahel. C'est pour cette raison que le président de la Banque mondiale, le médecin américain d'origine coréenne Jim Yong Kim a tiré la sonnette d'alarme. Que faire pour éviter le pire ? On peut faire des programmes d'aide aux plus démunis. On peut aussi encourager l'investissement et la recherche dans l'agriculture pour aller vers une nouvelle révolution verte. On peut en parallèle lutter contre la volatilité des prix agricoles, comme le réclamait le président François Hollande samedi dernier. Mais dans un monde où des dizaines de millions d'hommes et de femmes autrefois pauvres gagnent plus d'argent, et veulent donc manger à la fois plus et mieux, il va falloir faire des choix. Des choix dans notre consommation alimentaire. Réduire par exemple nos achats de viande, qui exige d'énormes quantités de céréales pour sa production. Ce n'est pas facile. La semaine dernière, une manifestation rare a ainsi eu lieu en Iran pour protester contre le renchérissement du poulet. Peut-être devrons nous aussi choisir entre manger et conduire. Aux Etats-Unis, 40% du maïs est transformé en biocarburants. Avant-hier, les producteurs américains de bétail ont réclamé la suspension de la norme qui oblige les pétroliers à incorporer de l'éthanol dans leurs produits. Dans dix ou vingt ans, l'idée de transformer des produits alimentaires en essence pourrait bien passer pour une obscénité.

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