Le gouvernement devrait afficher une prévision de croissance inférieure à 1% l’an prochain. Qu’en pensez-vous ?

Les palais du pouvoir reprennent contact avec le réel et c’est tant mieux.

Quand il faisait campagne l’an dernier, François Hollande prédisait 2% de croissance en 2014. Son gouvernement était ensuite descendu à 1,2%. Ca va donc passer au-dessous de 1% ; le gouvernement l’officialisera lors de la présentation du budget en septembre.

On se rapproche du vraisemblable. Même si ce n’est pas le souhaitable car ça fera la troisième année consécutive de croissance entre 0 et 1% : sur la série établie par l’économiste Angus Maddison, qui remonte à 1822, une stagnation aussi longue ne s’est tout simplement jamais vu.

D’où vient ce retour à la réalité ?

A vrai dire, nos gouvernants n’ont plus vraiment le choix.

Pendant des années, ils ont dit un peu n’importe quoi en matière de prévision. Quand on affiche une croissance forte, ça veut dire qu’on n’a pas besoin d’augmenter les impôts ou de baisser les dépenses publiques pour équilibrer les comptes. Et après, le gouvernement dit « oh flûte, ça a moins bien marché que prévu, on est désolé, le déficit a encore grossi ».

Ca n’est plus possible. Selon un accord européen, la prévision de croissance doit désormais être soumise à un organisme indépendant. En France, c’est le tout récemment créé Haut conseil des finances publiques, hébergé à la Cour des comptes. Les négociations vont bon train entre Bercy et ce Haut Conseil, d’où le nouveau réalisme du gouvernement. On devient enfin adulte.

Vous voulez dire que sans cette contrainte, le gouvernement continuerait de tricher avec la prévision de croissance ?

Je n’ai pas de preuve, mais je le crains.

D’abord parce que c’est plus facile pour établir le budget. On a moins de portes qui claquent, de ministres qui hurlent au téléphone.

Ensuite parce que le président continue à raisonner avec la théorie de l’élastique. Comme l’activité a baissé, c’est mécanique : il y aurait un élastique qui va la faire remonter d’un coup. Depuis son arrivée à l’Elysée, François Hollande attend le retour de l’élastique. C’est pour ça qu’il a entonné l’hymne de la reprise le 14 juillet.

Mais le problème, c’est que cet élastique est cassé. Cinq ans après le creux de la récession de 1975, celle du choc pétrolier, la production était 15% au-dessus du pic précédent la crise. Cinq ans après la récession de 1993, on était à +10%. Cette fois-ci, l’effet rebond est de 0%. Il faut réfléchir autrement.

La croissance a donc disparu ?

Depuis cinq ans, oui, c’est clair. Et comme la population augmente, ça veut dire que le revenu par tête diminue, ce qui est très désagréable. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est agir contre les causes de cette disparition.

Il y a bien sûr la crise de la zone euro ; les pays du sud de l’Europe qui étaient des gros clients de la France. Il y a aussi des excès de dettes à éliminer ; c’est très compliqué à faire quand l’activité stagne. Et puis la difficulté de la France à changer quand le reste du monde accélère.

Il y a enfin deux questions de fond. Comment organiser l’inévitable transition énergétique ? Comment devenir plus efficaces, plus productifs ? En attendant les réponses à ces questions, il faudra apprendre à gérer un Etat, ou une entreprise, dans une France sans croissance.

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