L’édito éco de Jean-Marc Vittori du quotidien « Les Echos. » _____Après les salaires des patrons, les salaires des footballeurs. Karim Benzema, le numéro 9 de l'Olympique lyonnais, est payé 4 millions 8 par an, soit 400.000 euros par mois – autant que 300 smicards. A en croire les chiffres publiés hier par nos confrères de « France Football », c'est le joueur le mieux payé du foot français. A l'étranger, le leader est à nouveau David Beckham, 32 millions, et Thierry Henry, notre Titi national, perçoit 17 millions d'euros. Ces chiffres ont de quoi faire rêver même les patrons français. Leur fiche de paie 2008 n'est pas encore publique, mais en 2007 seul un chef d'entreprise avait gagné davantage que notre Titi national. Et surtout, personne ne vient chercher des poux dans la tête des footballeurs, alors que c'est le tollé quand le vétéran Thierry Morin se fait éjecter après douze ans de bons et loyaux services à la tête de Valéo avec 3 malheureux millions d'euros, ce que gagne le gamin Thierry Henry en deux mois. Pourquoi cette différence entre footballeurs et patrons ? C'est le marché qui est en cause. Mais pas dans le sens que vous croyez. Les footballeurs sont sur un vrai marché, qui s'appelle d'ailleurs le mercato. Un marché qui ouvre deux fois par an, avec un calendrier aussi rigoureux que la Bourse. Les clubs achètent et vendent leurs joueurs, les prix montent ou baissent. Pour les patrons, c'est simple : ils sont hors marché. Leurs nominations se font dans le secret des conseils d'administration. Leurs prix baissent rarement. Et en France, on n'a pas vu ces dernières années un seul PDG se faire débaucher par une entreprise, prête à acheter ses compétences à prix d'or. Cerise sur le gâteau : leurs entreprises reçoivent parfois une aide publique, surtout en ce moment, et il serait pour le moins discutable que l'argent du contribuable aille dans leur poche. Mais ce n'est pas la seule raison qui explique cet écart. Il y en a au moins une autre. Mesurer la performance d'un footeux, c'est facile et immédiat. Il marque des buts, il fait des passes décisives ou il tacle sans prendre de carton. Benzema était par exemple le meilleur buteur du championnat l'an dernier, même s'il a un peu plus de mal aujourd'hui. Mesurer la performance d'un patron, c'est infiniment plus compliqué. L'entreprise est un collectif, plus encore qu'une équipe de foot. D'ailleurs, chaque fois qu'un PDG reçoit un prix de manager de l'année, il commence par expliquer que c'est l'ensemble des salariés qui est distingué. Et puis l'action d'un patron s'apprécie dans le temps. Or ce n'est pas de chance : aucune forme de rémunération n'est vraiment alignée sur leur performance à long terme. Les patrons sont-ils condamnés à gagner moins que les sportifs ? A vrai dire, il ne faut pas l’espérer. Les sportifs, ou les chanteurs, ou les animateurs télé peuvent nous donner beaucoup de plaisir. Mais certains patrons sont capables de créer des dizaines de milliers d'emplois. Ceux-là, ce serait dommage qu'ils préfèrent taper dans un ballon pour gagner plus d'argent.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.