(Par Didier Varrod)

Vous voulez revenir sur une des annonces de François Hollande jeudi, mais dont on a peu parlé : il veut un « choc de simplification ».

Oui, on en a moins parlé que des impôts, de la taxe de 75%, du chômage, du mariage pour tous, de la chanson « le pingouin » de Carla Bruni ou du cumul des mandats. C’est pourtant essentiel et c’est, on peut le dire ce matin, nécessaire. Il est possible que cela n’intéresse pas grand monde parce que ce genre de sujets n’est pas politique, il est technique. Et on ne s’intéresse pas assez à la technique en France, doux pays de la romance. Mais on peut donner une indication pour mesurer la complexité française : écoutez bien, notre vie est gouvernée par 58 codes, 2.000 lois, 26.000 décrets, 26 millions de mots. 400.000 normes sont applicables.

Concrètement, cette complexité pèse sur l’emploi ?

Certainement. François Hollande a donné un exemple précis : les entreprises doivent envoyer plus de 3.000 informations par an à l’administration ; il en avait donné un autre il y a quelques mois devant les maires de France. Pour construire un entrepôt en France, il ne suffit pas d’un marteau. Oui, il faut près de 200 jours, contre moins de 100 jours en Allemagne et moins de 30 aux Etats-Unis. Pour faire un disque, c’est pareil. Chacun de nos auditeurs peut citer des cas de complexité qui pénalisent l’activité ou même la vie quotidienne. Si on interroge les professionnels de l’immobilier par exemple, ils ont beaucoup à dire sur les délais, les procédures qui ralentissent les constructions, les enquêtes avant et les recours après.

Bon, peut-on croire à ce choc de simplification ?

Ce qui est sûr, c’est que comme le chantait Michelle Torr « toute la ville en parle ». Il y a demain un comité de modernisation de l’Etat à Matignon, et ce sera le sujet principal. On sait aussi que Jean-Marc Ayrault a reçu la semaine dernière un rapport de deux élus locaux, le maire du Mans et le président du conseil général de l’Orne, pour supprimer un certain nombre de normes. La question est que cette affaire de simplification est un serpent de mer dont on ne sait même plus où il nage. Peut-être est il porté disparu comme Manureva dans les glaces de l’Alaska ! Quel gouvernement n’a pas juré la main sur le cœur : « A faire crier grâce à tous les échos, à faire trembler les murs de Jéricho je vais simplifier ». Alors, oui, grâce à l’informatique, à Internet, des choses se sont simplifiées, mais c’est encore bien chaud cacao… !

Au fond, est-ce que les politiques de simplification, ce sont des politiques libérales, de droite, ou c’est un sujet transcourant, a-politique ?

Cela a l’apparence du libéralisme, parce qu’il faut s’attaquer aux administrations dont la raison d’exister est de créer des règles. Quand l’argent est trop cher, trop grand, la vie n’a pas de prix et on crée la règle. Mais en réalité, la gauche ne serait pas une demoiselle de déshonneur si elle décidait de s’y attaquer elle aussi. Hier l’important c’était la rose, aujourd’hui, c’est ce qui marche. Mais François Hollande devrait aller au bout de ses rêves et aller plus haut, plus loin : quand il parle de choc de simplification, il aurait dû nous dire « c’est un choc contre qui ». Mais le premier qui dit la vérité, on le sait il doit être exécuté. Alors, Il faut voir comme on nous parle.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.