La question que vous vous posez ce matin : ce que disait la grand-mère de Martine Aubry à sa petite-fille est-il encore d’actualité ?

Grand-mère de Martine Aubry qui lui disait paraît-il : « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». François Hollande est-il toujours flou ? On sait que c’est l'image qui lui colle à la peau depuis deux ans, l'indécision. Avec en plus, il l’a reconnu lui-même hier, une certaine « lenteur » pour faire les changements, c’est même le premier mea culpa qu’il a exprimé. Alors, ses choix d'hier sont-ils clairs ? La réponse est oui ; mais s’il n’y a plus le flou, il y a quelques petites zones d’ombre.

Sur l’orientation de la politique économique, il n’y a plus de flou ?

Non, et donc plus de loup. La priorité, c’est le redressement de l’appareil productif, la compétitivité. Ce sont les entreprises. Il l’avait dit lors de sa conférence de presse du 14 janvier, il l’a redit solennellement aux Français eux-mêmes – ce qu’il n’avait pas encore fait. L’allégement promis des cotisations salariales ne constitue pas de ce point de vue un revirement : il concernera les plus modestes et sera financé par la suppression de la prime pour l’emploi. Au total, le cap reste bien le Pacte.

Le choix même de Manuel Valls apporte aussi de la clarté.

Manuel Valls est un ex-admirateur de Tony Blair, il a toujours eu des propos critiques sur l’impôt sur la fortune, les 35 heures et les hausses d’impôts en général. C’est un social-démocrate ou libéral assumé. Jean-Marc Ayrault l'était aussi. Mais, avec Valls, ce que François Hollande a choisi aussi, voire surtout, c’est son autorité, son côté « pro » et son sens de la communication. Bon, on le verra à la manœuvre : avec une majorité qui ne partage ses options, il aura du mal. Avec l’électorat, cela va vite passer ou casser – cela peut casser. Tout cela est clair.

En revanche, vous avez repéré quelques zones d’ombres…

Sur les finances publiques. François Hollande a évoqué les économies à faire mais sans citer le chiffre de 50 milliards dont on parle depuis des semaines. Vous me direz : on ne peut pas tout dire. Sauf qu’une autre phrase alambiquée sur les engagements européens va dans le même sens. La France a l’intention, après les élections européennes, de renégocier une fois de plus le calendrier pour ramener son déficit dans les clous européens. Donc on affichera sans doute les 50 milliards, mais derrière l’affiche, ce sera pédale douce. Le loup, il se voit comme les yeux au milieu de la figure. Ce petit bras d'honneur, est-ce inquiétant ? Cela dépend de la réalité des réformes de fond.

Dernier point : l’œil économique vous conduit à regarder ce choix de Manuel Valls sous l’angle des ressources humaines !

Sous l’angle du DRH du pouvoir qu’est François Hollande ! Les deuxièmes premiers ministres ont souvent été des techniciens qui doivent tout à leur patron, Barre, Fabius, Cresson, Villepin. Avec Manuel Valls, Hollande a un Premier ministre déjà très confirmé en politique qui a l’obligation de réussir parce qu’il vise plus loin, plus haut, qui est comme lui le dos au mur. Mais qui risque de lui faire de l'ombre. Ma grand-mère aurait dit : tout cela est culotté.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.