La polémique rebondit sur les demandeurs d’emploi qui percevraient davantage en indemnités chômage qu’en travaillant.

Vous vous souvenez, le sujet était apparu dans le débat public fin février, quand Muriel Pénicaud, aux cotés d’Edouard Philippe, avait affirmé qu’un chômeur indemnisé sur cinq touche une allocation supérieure à son salaire antérieur. Une information provenant de Pôle Emploi, avait précisé le gouvernement. Tollé chez les syndicats, doutes de la plupart des médias qui avaient interrogé l’Unédic (qui verse les indemnités), Unédic pour qui « non, ce n’est pas vrai, pas un sur cinq, allez moins d’un sur vingt ». 

Eh bien, vendredi, Pôle Emploi a mis en ligne une note de trois pages, dénichée par mon confrère des Echos Alain Ruello, qui en fait confirme le un sur cinq, indiquant même que l’allocation est dans certains cas une fois et demi supérieure à la moyenne des salaires antérieurs. Mais de son côté, l’Unédic confirme ses calculs, un sur vingt au maximum. 

Alors ? C’est un sujet évidemment … explosif, politiquement et socialement. Sur le plan technique, disons-le tout de suite, tout dépend du point de vue que l’on a et de la façon dont on calcule les revenus antérieurs à l’indemnisation. Il est vrai qu’un demandeur d’emploi peut percevoir plus au chômage qu’en travaillant, mais la nuance est qu’il le percevra moins longtemps qu’un autre, et surtout que cela concerne les salariés en permittence, qui alternent travail et chômage. 

Bref, si c’est aussi compliqué que le changement d’heure, on peut retenir deux idées. Un : le mode de calcul actuel des indemnités favorise les contrats courts par rapport aux contrats longs, et du coup, il peut être plus rentable pour un demandeur d’emploi de cumuler plusieurs contrats de quelques jours que d’avoir un seul contrat. En voulant protéger contre la précarité, on aboutit à des cas ubuesques. Deux : il est incroyable que l'ANPE et l’Unédic, qui ont fusionné il y a dix ans, aient des lectures aussi divergentes.  

Conclusion ? C’est qu’il est temps que le gouvernement sorte du bois sur le sujet des contrats courts, du bonus-malus et de l’indemnisation parce que cela fait deux ans que le débat est lancé, et qu’il serait regrettable que s’impose l’idée qu’un demandeur indemnisé sur cinq gagne plus en restant chez lui qu’au travail alors que les sommes dont on parle doivent être justifiées mais n’excèdent jamais quelques centaines d’euros.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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