Le plus compliqué est d'évaluer l'impact de la fermeture des écoles sur la productivité des télétravailleurs et le retard pris sur la sortie de crise de la Chine et des Etats-Unis.

Commerces fermés
Commerces fermés © Getty / picture alliance

Il y a une conséquence très concrète et facilement mesurable, et une autre plus compliquée à évaluer. Le plus facile à ausculter, c’est la fermeture des commerces. Depuis deux semaines, 90.000 commerces non-essentiels sont fermés dans les 19 départements disons rouges (en plus des restaurants, des cafés etc.).

Ce chiffre va passer à 150 000, sans compter les centres commerciaux déjà clos. Tout cela représente des pertes de chiffres d’affaires, du chômage partiel, des aides publiques à verser et on pense aussi au tourisme de Pâques qui n'aura pas lieu. 11 milliards pour un mois au total, dit Bercy, en comptabilisant les aides nécessaires tandis que le seul secteur du tourisme chiffre la perte à 10 milliards d'euros. 

Maintenant, évaluer l’effet de la fermeture des écoles sur l’économie est plus compliqué. La fermeture des classes la semaine prochaine, suivie de deux semaines de vacances, vise à réduire les contaminations par l’école, mais aussi j’en suis certain à forcer au télétravail, sans le dire, ceux qui continuent à aller au bureau (dans des PME souvent) alors qu’ils ne devraient pas. Avoir des enfants dans les pattes, cela baisse la productivité et cela empêche parfois tout court de travailler. Surtout s’il était prévu que ces enfants soient confiés aux grands-parents pendant les vacances et que cela ne sera pas le cas. 

Au total, l’économie tourne actuellement à 95% de son niveau d’avant-crise, cela va baisser de quelques points, peut-être deux ou trois

Ce n’est pas tout. En France, qui est une économie de services qui n’est plus vraiment industrielle, arrêter les commerces, le tourisme, la culture, etc. fait plus de mal qu’en Allemagne.

Mais ce qui est déprimant, c’est que la France et l’Europe dans son ensemble assistent et vont assister au redémarrage économique de la Chine et des Etats-Unis. 

Une fois tout cela dit, l’information encourageante est qu’il y a désormais un horizon, avec la vaccination. Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron le promet qu’on peut espérer la réouverture des terrasses ou de la culture mi-mai (il ne sait pas plus que nous ce qui va se passer), mais parce que l’accélération de la vaccination va baisser mécaniquement les hospitalisations. 

A ce moment, l’économie peut repartir en flèche, il est possible qu’en juin le mois d’avril ne soit qu’un mauvais souvenir et que le tourisme revienne en été. C’est possible mais à une condition : que les mesures d’hier soir, le confinement de 67 millions de François non pas chez eux mais autour de chez eux, que ces mesures suffisent à ralentir vite les contaminations – et çà franchement on n’en sait rien.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter