L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __Près de 200 pays vont se retrouver, à partir d’aujourd’hui, à Poznan, en Pologne, pour la conférence annuelle des Nations-Unies sur le climat. Avec la crise, peut-on en attendre quelque chose ? C’est le conflit entre les enjeux du court et du long terme qui va se dérouler sous nos yeux. Normalement, les 9.000 personnes qui vont se retrouver auraient dû être là pour relancer les négociations sur le réchauffement climatique. Avec pour objectif de préparer la suite du Protocole de Kyoto. Un accord signé en 1998, qui prend fin en 2012 et qui décide une baisse des émissions polluantes pour les pays riches à l’exception des Etats-Unis. L’enjeu aurait dû être d’obtenir de nouveaux engagements chiffrés des uns et des autres, et aussi des grands pays émergents, Chine, Inde, Brésil. Et cela n’aura pas lieu. Parce que le contexte ne s’y prête absolument. Les Américains et les Européens pensent à la crise économique et financière et aux crispations sociales inévitables. Les Chinois ont leurs soucis, on a vu des émeutes. Les Indiens pensent à leurs morts. Bref, pour paraphraser une formule de Jacques Chirac, il y a peut-être le feu à la maison, mais tout le monde a des raisons de regarder ailleurs ! Peut-on, au moins, compter sur l’Europe ? On devrait, mais non, on ne pourra pas à Poznan. Les Européens sont les seuls à avoir fait des efforts considérables depuis dix ans et pour 2020, ils se sont fixés un triple objectif : réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, porter à 20% la part des énergies renouvelables dans la consommation et faire 20% d'économies d'énergie. Pour y parvenir, ils discutent de ce que l’on appelle le paquet climat-énergie qui imposerait la mise aux enchères de chaque tonne de CO2 sur le principe pollueur-payeur. Mais la Pologne ou l'Italie considèrent que la ponction pèserait sur leur économie. Les industriels allemands s’inquiètent aussi. Le résultat repose sur les épaules de Nicolas Sarkozy : il a promis un accord sous présidence française. Le rendez-vous : le sommet européen des 11-12 décembre. Et donc, à Poznan, l’Europe ne dira pas grand-chose. L’espoir peut-il venir des Etats-Unis ? C’est en tous cas lui qui pourrait changer la donne après Poznan. Beaucoup de monde espérait que Barack Obama viendrait à Poznan mais il ne veut pas interférer avec l’administration Bush. Néanmoins, il a fait des promesses considérables après 8 années de « toxic Bush ». Il voudrait ramener en 2020 les émissions à leur niveau de 1990. Il promet aussi 10% de production électrique à partir d’énergies renouvelables, un million de voitures hybrides d’ici 2015. Sa conviction est que la croissance verte est un levier pour sortir après la crise. Comme les nouvelles technologies ont permis aux Etats-Unis de rebondir dans les années 1990. Ce sera intéressant de voir s’il peut pousser l’industrie américaine et si celle-ci change de regard. Mais concrètement, Poznan est trop tôt, rendez-vous dans un an à Copenhague. En France, c’est le discours de Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie. Dans une interview aux « Echos », ce matin, il défend le keynésianisme vert, la relance verte. Il affirme que l’économie repartira grâce à des investissements dans la rénovation thermique des bâtiments notamment. Nicolas Sarkozy orientera d’ailleurs jeudi son plan de relance dans ce sens, avec l’automobile. Intellectuellement, Borloo a raison. Economiquement, sans doute aussi. La bonne solution en ce moment n’est pas de soutenir la consommation, mais l’investissement. Et quoi de plus enthousiasmant qu’un new deal vert ? Mais, à court terme, ce qui va préoccuper les Français, les entreprises, ce sont l’emploi, les crédits, les commandes, le chiffre d’affaires. Nous allons broyer du noir avant de voir la vie en vert.

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