**L’Etat a décidé hier soir la vente d’une partie du groupe Areva au tandem tricolore Alstom-Schneider Electric.La décision est officielle depuis 23 h. Elle a été prise lors d’un conseil du groupe contrôlé par l’Etat : la branche Transmission et Distribution d’Areva, T & D, 31.000 salariés, devrait être vendue à ces deux entreprises françaises. Et pas à l’américain General Electric ou au japonais Toshiba. Cette décision mérite qu’on s’y arrête : il s’agit du nucléaire et c’est un domaine très politique. D’abord, les faits. Areva, qui a installé un quart des 430 réacteurs qui tournent dans le monde, a fait un choix stratégique : être présent sur toute la filière, de l’extraction de l’uranium à la construction des chaudières et au retraitement. Le problème, c’est qu’il lui manque de l’argent pour investir. Nicolas Sarkozy a donc décidé que l’entreprise doit se séparer de son activité transmission, la fabrication des lignes à haute tension, et de son activité distribution, ce sont celles qui vont chez vous. Dans les deux cas, ce n’est pas le cœur de métier du nucléaire. Voilà comment Areva va récupérer 4 milliards d’euros. Première question : la préférence nationale est-elle justifiée ?Le suspense était à peu près égal à zéro, surtout si on sait que Patrick Kron, le patron d’Alstom est un proche du chef de l’Etat ! C’est vrai que les autres postulants peuvent avoir le sentiment d’avoir servi de lièvres pour faire monter les enchères. Mais on peut être libéral et reconnaître que ce choix national est le bon sur une activité très sensible, et manifestement d’avenir. Tout le monde a en mémoire la perte pour la France de Péchiney après sa cession au canadien Alcan. En plus Alstom et Schneider sont des superbes réussites. L’ironie est qu’Areva T & D est revendu à Alstom qui en était le propriétaire il y a cinq ans mais l’avait lui-même cédé pour se renflouer ! Deuxième question : que vont devenir les 31 000 salariés ?Là, c’est plus problématique. Parce que le tandem Alstom-Schneider – Alstom champion des turbines électriques et Schneider de la basse tension – vont se partager Areva T & D, chacun reprenant ce qui l’intéresse. Et ça, ça rend fou le management de l’entreprise, qui pense que les synergies sont fortes. Mais ni Alstom ni Schneider n’avaient les poches assez profondes pour tout reprendre. Savoir si c’est la bonne option est une question même s’il y a un engagement de ne pas fermer d’usine ni de faire de plan social pendant trois ans. Pourquoi cette opération est-elle importante?Un peu parce que l’on voit qu’Anne Lauvergeon, la charismatique patronne d’Areva, est fragilisée par ces décisions. Beaucoup parce que l’enjeu est de ne pas se tromper et de préserver l’avance technologique que l’Europe et la France ont dans l’électricité. L’avenir est au « smart grid », les réseaux intelligents qui mettent de l’informatique dans les fils et les compteurs pour économiser de l’énergie. La révolution de l’énergie, ce ne sont pas seulement le nucléaire, les éoliennes et le solaire, mais aussi les turbines et les tuyaux. Au fond, ce qui se prépare ressemble à ce qui s’est passé il y a 15 ans dans le téléphone. Et il faut en être.**

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