Sur les marchés financiers, les tensions restent fortes depuis l’annonce, dimanche, du plan de sauvetage de l’Irlande.Et une rumeur a couru hier sur une contagion possible à la France.

Une rumeur de marché selon laquelle une des principales agences de notation, Standard & Poor’s, pourrait dégrader la note de la dette française, qui bénéficie aujourd’hui d’un triple A (c’est très bien). Cette rumeur a été immédiatement démentie par l’agence, dont le patron mondial donne d’ailleurs une interview aux Echos ce matin pour indiquer, je cite -chaque mot compte– "qu’à l’heure actuelle, la France mérite son triple A". Mais elle a suffi (cette rumeur) pour que l’écart entre les taux d’intérêt français et allemand augmente légèrement –avant de redescendre.

La question est simple : joue-t-on à se faire peur en imaginant la tornade toucher la France ?

La réponse est –chaque mot compte- selon toute vraisemblance oui (on joue à se faire peur) ! Naturellement, il faut le prouver parce que des auditeurs vont se dire : un journaliste qui dit cela, c’est qu’il a reçu par mail les éléments de langage (comme on dit) de l’Elysée et de Bercy. Quelques éléments montrent pourtant que la France n’est pas vraiment menacée.

Pourquoi, alors, cette rumeur trouve-t-elle des oreilles attentives ?

Il se passe qu’il y a une panique générale et que tous les pays sont touchés par cette tension sur les taux d’intérêt, la France comme les autres. Depuis 48 heures, les investisseurs reconnaissent que ce qui a été fait pour l’Irlande est bien ; mais ils voudraient que le Portugal (ce qui est probable) et l’Espagne soient mis aussi sous le parapluie européen –au cas où ils auraient des problèmes bancaires et budgétaires– parce qu’ils n’y voient pas très clair. La façon dont le secteur privé sera impliqué ne leur paraît pas limpide non plus. Bref, ils trouvent, ces investisseurs, que l’Europe, c’est compliqué : qui décide ? Quelles sont les règles ? Et s’ils ne quittent pas l’Europe, ils ne viennent plus. C’est pour contre-attaquer que l’on a vu Christine Lagarde hier sur la BBC ou CNN. Les dirigeants européens ont un dilemme : si on aide le Portugal, qui après ? L’Espagne, l’Italie, la Belgique ? Ils croisent donc les doigts pour que soit entendu le message essentiel de dimanche, qui est que l’Allemagne choisit définitivement de soutenir l’euro. Je peux vous dire que la Une d’hier du Wall Street Journal , la Bible des financiers, qui titrait sur ce point, a été remarqué dans beaucoup de capitales.

Pourquoi la France serait-elle épargnée alors que sa situation financière est pour le moins tendue ? La France offre deux défauts pour les marchés. Ses comptes sont mauvais et elle n’a jamais respecté ses engagements par le passé. Mais, en face de cela, il y d’autres éléments qui pèsent lourds. Elle emprunte à des taux bas (rien à voir avec ceux de la Grèce ou de l’Irlande) ; elle a presque fini d’emprunter les (mesurez ce chiffre !) 188 milliards d’euros dont elle avait besoin cette année pour payer ses dépenses ; elle sait faire rentrer ses impôts ; et, enfin, elle vient de faire une réforme des retraites difficile. Il est donc farfelu –"à l’heure actuelle"- de penser que la France va souffrir particulièrement. Ce n’est pas elle qui inquiète, c’est l’avenir de la zone euro et de l’euro.

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