Les organisations patronales commencent une semaine de mobilisation, avec même des défilés dans la rue à Paris et Toulouse pour la CGPME. Le ras-le-bol dont parlent les chefs d’entreprise est-il compréhensible ?

A écouter des ministres et élus de la majorité, des commentateurs même, il serait scandaleux que les dirigeants d’entreprises se fassent entendre. C’est curieux : quand les syndicats invitent les salariés à aller dans la rue, tout le monde juge cela normal ! Non, rien de scandaleux à la démarche du Medef, de la CGPME et des artisans. A condition que la forme de l’action soit comprise. Le risque, avec l’initiative de la CGPME, c’est que comme les patrons sont par définition moins nombreux que les salariés, le nombre de manifestants ne sera pas très élevé. Le Medef est plus sage : il va faire signer des pétitions. Heureusement, il a renoncé à distribuer des sifflets pour son meeting de mercredi à Lyon. Siffler le gouvernement aurait été puéril et contre-productif.

Mais ce qu’on comprend mal, c’est qu’à la fin de l’été, le Medef applaudissait Manuel Valls à tout rompre … que s’est-il passé ?

Vous avez raison, cela produit un effet bizarre - pour l’opinion qui entend parler matin midi et soir des fameux 41 milliards d’euros donnés (entre guillemets) aux entreprises. Que s’est-il passé ? C’est justement l’affirmation martelée depuis quatre mois sur tout ce que le gouvernement ferait pour les entreprises qui ulcère les petits patrons. Le Medef a fait ses calculs ; depuis 2010, il y a eu les hausses d’impôts de Sarkozy puis celles de Hollande ; et maintenant il y a les baisses de Hollande. Mais au total, on en serait aujourd’hui à + 30 milliards par rapport à 2010, et c’est seulement en 2017 que l’ardoise serait effacée. On peut sans doute chipoter les chiffres, mais l’image générale c’est bien celle-là.

Ils ont peur que le gouvernement ne tienne pas ses promesses ?

Le chef des députés PS, Bruno Le Roux, vient d’indiquer que si les entreprises n’investissaient pas, tant pis pour elles, il faudra revenir sur les allégements d’impôt. C’est le genre de déclaration qui fait sauter au plafond les patrons. Dans Les Echos ce matin, le dirigeant d’une entreprise de serrurerie de neuf salariés dit : je n’ose plus allumer ma radio le matin de peur d’apprendre une mauvaise nouvelle. Là il a tort !

Un autre sujet enflamme les esprits.

C’est moins le principe du compte pénibilité que la complexité du système. C’est une usine à gaz mise en place pour comptabiliser les facteurs de pénibilité : il faut relever le nombre d’heures –moins ou plus de 600 par an- le transport de charges -de plus ou moins de 15 ou 250 kgs-, poussées ou tirées, au-dessus de l’épaule ou pas etc. Le fait que cela s’applique en 2015 ou 2016 ne change rien : c’est demain matin.

Au total, quel est le but du patronat ?

Un. Entre entendu, et il faut dire que ses coups de gueule précédents ont souvent été suivis d’effet. Deux. Ne pas grossir les rangs des patrons qui votent Front national.

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