Les événements en Egypte commencent à avoir des conséquences sur l’économie, avec le baril de pétrole qui a dépassé les 100 dollars pour la première fois depuis plus de deux ans.

Ce n’est qu’un petit bout de la lorgnette des enjeux de ce qui se passe là-bas sur le plan politique, démocratique, stratégique et sans doute religieux. Mais enfin, ce n’est pas négligeable. Le baril de pétrole a effectivement dépassé la barre des cent dollars à Londres (101,01), ce qui n’était pas arrivé depuis octobre 2008. Il serait faux de tout expliquer par la crise en Egypte.

Depuis un an, il a grimpé de pas loin de 30 dollars, avec la reprise économique mondiale et la demande qui augmente. Mais les événements récents le poussent encore. Précisément, ce sont les peurs sur d’éventuelles interruptions de livraison par le canal de Suez qui soucient les opérateurs. Avec les détroits de Malacca, de Gibraltar ou d’Ormuz, le canal est une des sept portes du commerce maritime mondial. Par lui passent 1,6 millions de barils par jour. Sans lui, les supertankers doivent faire un détour de 10.000 kilomètres autour de l’Afrique. Pour l’instant, rien n’indique que le canal est menacé. Mais les marchés sont nerveux.

Quel serait l’effet d’un prix du pétrole élevé sur l’économie mondiale ? Le premier point est de savoir s’il va rester à ces niveaux ou pas –on est encore loin du record de 147 dollars. L’impact de troubles autour du canal de Suez devrait quand même être plus limité qu’il y a quelques années, tout simplement parce que le gros de la demande mondiale de pétrole se situe désormais en Asie. Pour le reste, la conséquence d’une hausse du prix du pétrole, c’est une ponction sur le pouvoir d’achat des ménages des pays consommateurs. A d’ailleurs été publié hier l’indice des prix dans la zone euro pour le mois de janvier, qui affiche au compteur une hausse de 2,4% sur un an –c’est beaucoup. Et c’était avant la poussée d’hier. Dans la mesure où le chômage est élevé et où les salaires ne sont plus indexés sur les prix, ce n’est au total pas une bonne nouvelle pour les Français.

L’Egypte sera une des premières victimes de cette hausse. Elle cumule pas mal d’inconvénients. L’Egypte est, certes, dotée d’un grand secteur industriel, qui a attiré beaucoup d’investisseurs. Mais elle n’est pas, contrairement à l’Algérie, aux pays du Golfe, producteur. Elle n’a pas de rente pétrolière. Si Internet est répandu, c’est resté un pays sous-développé où le Smic, à 50 euros par mois, permet juste de s’acheter 5 kg de viande, et où 40% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. C’est un pays qui peut être rapidement sous asphyxie financière dans la mesure où ses importations de pétrole, de nourriture (blé, sucre) génèrent un déficit commercial important qui n’est financé que par le tourisme, les investissements étrangers et... les recettes du canal de Suez. Economiquement, la crise ne doit pas durer.

Dernier point : les agences de notation envisagent de baisser la note de l’Egypte, au risque de compliquer ses emprunts. Jouent-elles contre les manifestants ? C’est une critique entendue ces derniers jours. Le Nouvel Observateur a jugé indécente la dégradation de la note de la Tunisie par Moody’s. Sur le Web, d’autres parlent d’ignominie. Beaucoup de reproches peuvent être faits sur leur aveuglement et leur incompétence. Mais il faut rappeler que ces agences ont, la semaine dernière, dégradé le Japon et viennent de menacer les Etats-Unis de la même sanction ! Il n’y a donc pas de complot.

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