Vous revenez sur la commande promise hier par l’Inde de 126 avions de chasse Rafale.

Oui, parce que les cocoricos entendus hier sur cette bonne nouvelle mettent en évidence deux choses. Cela montre : un, que la France réussit encore à concevoir et à vendre des produits de haute technologie, tant pis pour le pessimisme sur notre compétitivité. Deux, ces cocoricos montrent aussi en creux combien ces grands contrats sont difficiles à emporter. L’Inde, on le sait, est le premier succès (à confirmer) à l’export du Rafale. Auparavant, il y en a eu, des échecs, au Maroc, en Suisse, et un faux espoir - au Brésil. Dans le nucléaire, autre grande filière tricolore, deux EPR ont été vendus en Chine en 2007 mais, depuis, rien. Quant à la troisième filière, les TGV, Alstom a vendu 25 rames à l’Italie en 2008, puis un projet au Maroc mais financé par la France. Donc, les Rafale indiens, un vrai succès, mais aussi à remettre en perspective.

Pourquoi est-ce de plus en plus dur ?

C’est effectivement plus dur qu’autrefois. Dassault avait vendu à l’export environ 500 Mirage F1 et 300 Mirage 2000. On en est loin pour le Rafale. Pourquoi ? Parce que les clients sont plus exigeants et que la concurrence est plus violente. Plus exigeants : neuf Rafale sur dix seront produits en Inde et les transferts de technologie sont sans doute importants ! Plus de concurrence : le TGV d’Alstom, qui s’était imposé en Espagne, en Corée, en Italie, s’est fait doublé par les Espagnols sur la ligne Medine-La Mecque et par Siemens sur l’Eurostar. Le nucléaire français a perdu face aux Coréens à Abu Dhabi

Comment résister ?

Par la haute technologie mais ce n’est pas facile. Le Rafale, même si sa conception a vingt ans, est techniquement au-dessus des autres : il peut tout faire en vol, la reconnaissance, le combat aérien, l’attaque au sol - pas ses concurrents. L’Inde, en conflit avec le Pakistan et qui s’inquiète de la Chine, était intéressée. Dans le nucléaire, la France parie sur les EPR de nouvelle génération. Mais les Coréens vendent les TGV qu’on leur a appris à faire et les Chinois les centrales. L’autre moyen de résister est de chasser en meute, au niveau européen, comme la réussite absolue d’Airbus le montre. Même si l’annonce d’hier est un contre-exemple puisque Dassault a gagné seul face au consortium européen Eurofighter.

La commande indienne, bonne nouvelle pour la France ?

Ce sont 10.000 emplois directs. Indirectement, cette commande va soulager le contribuable puisque l’Etat a garanti à Dassault la production de 11 appareils par an. L’armée française en a reçu 104 et va pouvoir faire traîner ses prochaines livraisons et donc économiser quelques milliards. Chaque Rafale vaut entre 100 et 140 millions d’euros ! L’Elysée espère que ce succès va ouvrir les portes d’Abu Dhabi. Gérard Longuet, ministre de la Défense, a résumé à sa façon la chose hier : « Comme les ennuis, les bonnes nouvelles peuvent voler en escadrille ».

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