Le gouvernement a présenté son texte pour rééquilibrer les relations commerciales au profit des agriculteurs.

En 2002, déjà, les agriculteurs manifestaient pour protester contre les pratiques de la grande distribution qui privilégie les produits d'importation
En 2002, déjà, les agriculteurs manifestaient pour protester contre les pratiques de la grande distribution qui privilégie les produits d'importation © AFP / GERARD JULIEN

C’est le projet de loi présenté par Stéphane Travert, ministre de l’agriculture. L’idée est simple : tenter de stopper la guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution pour mieux rémunérer les producteurs. Alors, est-ce que cela peut marcher ? Tous les experts, d’où qu’ils parlent, reconnaissent que le dispositif est malin. Les promotions en magasin seront encadrées, donc certains prix vont remonter, et on vendra moins à perte avec des super promos flashs. 

Mais ces mêmes experts expliquent que les fondamentaux du secteur alimentaire poussent quand même toujours dans le sens d’une guerre des prix. Pourquoi ? Depuis des années, industriels et distributeurs sont à cran parce que : 

- un, la consommation alimentaire globale est plate, chaque acteur est dès lors accroché à ses parts de marché comme un naufragé à sa bouée, 

- deux, parce que seules des PME qui font du bio, du vegan, du sans gluten, de la haute qualité tirent le marché. Pour les grandes marques industrielles, c’est force zéro sur la mer. Du coup, concurrence maximale. 

- Ensuite, trois, il faut rappeler que les consommateurs aiment les promotions, qu’il s’agisse du Nutella, des paquets de couches mais aussi des ventes privées bien plus chères, à l’Intermarché comme sur les Champs-Elysées. Si 1/3 des consommateurs font ses courses à l’euro près, les prix bas attirent en réalité tout le monde. Halte-là au passage aux conclusions économico-sociologiques tirées de l’affaire Nutella.

Donc, la guerre des prix va continuer, tant pis pour les agriculteurs ?

… et je poursuis votre phrase : tant mieux pour les consommateurs ? Je ne suis pas aussi catégorique que vous Nicolas ! Certes, on peut parier sur l’échec et penser que les négociations commerciales resteront aussi violentes qu’aujourd’hui. Sauf que la loi va dire que dorénavant les agriculteurs établiront leurs tarifs à partir de leurs coûts de revient. Certains industriels comme Danone négocient déjà ainsi. 

Au total, les agriculteurs s’en tireront bien davantage s’ils : 

- se rassemblent en filières pour résister -question : la FNSEA pousse-t-elle dans ce sens ?

-  s’ils améliorent leur productivité et s’ils se positionnent sur les nouveaux marchés attendus par les consommateurs. 

Je reconnais que, ici à Paris, au chaud dans ce studio, c’est plus facile à dire qu’à faire. 

Autre conclusion : ne négligeons pas notre responsabilité personnelle, tout dépendra aussi de la façon dont chacun de nous choisit de consommer.

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