L'ex-patron du groupe Renault-Nissan développe sa version des faits : c'st un complot qui l'a écarté du pouvoir au moment où il s'apprêtait à réorganiser les entreprises. Sa ligne de défense, curieuse, est celle d'un homme qui sait qu'il va rester longtemps en prison. On va vite savoir ce qu'il en est.

Carlos Ghosn
Carlos Ghosn © Getty / ERIC PIERMONT

L’ex-patron du groupe Renault-Nissan s’est mis à parler depuis 48 heures, et il l’a fait notamment dans une interview donnée aux Echos et à l’AFP hier, on en a parlé sur cette antenne. Deux journalistes ont eu 15 minutes pour l’interroger (en anglais pour que les gardiens comprennent) dans sa prison de Tokyo où il est depuis la mi-novembre. 

La ligne de défense de Ghosn tient en deux points. 

Un : le système judicaire japonais est inique et les conditions de détention sont anormales. Un néon allumé jour et nuit, pas de montre, pas de contact téléphonique avec sa femme depuis le début – même s’il a quitté sa cellule de 6 mètres carrés pour l’infirmerie sous l’insistance de l’ambassadeur de France. Il dénonce une alliance -une connivence- entre le parquet, Nissan et la presse japonaise pour le couler. Disons-le, on découvre depuis deux mois un système judiciaire qui n’a rien à voir avec le système européen, où les droits de la défense sont mieux assurés. Il y a quelques jours, Emmanuel Macron a appelé son homologue japonais, il a été mal reçu. Tokyo met en avant son taux de criminalité parmi les plus faibles au monde. 

La seconde ligne de défense de Carlos Ghosn, c’est le complot. Je voulais -c’est lui qui parle- réussir une intégration plus forte de Nissan, Renault et Mitsubishi, cela a fait peur au patron japonais de Nissan, qui en plus craignait que je le vire parce que ses résultats étaient mauvais. Ghosn charge Hiroto Saikawa lourdement, c’est une affaire de trahison. J’ai une armée contre moi, dit-il. 

Alors, est-ce vrai ? 

Le scénario du complot est avancé par le camp Renault depuis le début. Nissan a au minimum saisi l’occasion des fautes personnelles, des abus, des illégalités -au choix- de Carlos Ghosn, fautes sur lesquelles ce dernier reste très discret. Car ne l'oublions pas : il est extrêmement peu probable que la justice japonaise n'ait pas de billes. 

Ce qui est clair, c’est que le gouvernement français l’a défendu mollement, parce que sa priorité, c’est l’entreprise. 

Ce qui est clair aussi, c’est que si Ghosn adopte un ton aussi violent contre le Japon, c’est qu’il sait qu’il va rester en prison jusqu’à son procès, il cherche à défendre sa réputation, peut-être à créer un mouvement de compassion internationale sur sa détention. 

Ce qui rend l'histoire incroyable, c'est que l'on a appris mercredi que son groupe (enfin son ex-groupe) est resté le numéro un mondial de l’automobile en 2018, avec dix millions de voitures vendues. 

Hier, Jean-Dominique Sénard, qui remplace Carlos Ghosn chez Renault, a normalement discuté à Amsterdam avec la direction actuelle de Nissan, qui a priori lui refuse le poste de président. L’heure de vérité approche, on va soir ce que chacun a dans la tête et dans le ventre.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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