L'édito éco de Jean Marc Vittori, du journal "Les Echos". L'euro avait été créé le 1er janvier 1999, il a aujourd'hui dix ans. Son bilan est-il positif? Avant de répondre à votre question, je voudrais évoquer, pour une fois, un souvenir personnel. J'ai vécu deux années en Côte-d'Ivoire, où l'on se disait le 1er janvier « Bonne année l'argent ». Je voudrais donc dire « bonne année l'argent » à tous les auditeurs, même s'il n'y a pas que ça dans la vie! Mais rassurez-vous, je ne pousserai pas le sentimentalisme jusqu'à souhaiter bonne année à l'Euro qui est devenu notre argent. Tout de même, sa première décennie mérite d'être saluée. D'abord parce qu'il existe. Ca peut paraître banal, mais beaucoup de sceptiques avaient douté d'un projet européen d'une telle envergure, notamment chez nos amis anglo-saxons. Ensuite, l'Euro s'est imposé sur la scène internationale. Aujourd'hui, il y a deux grandes monnaies mondiales: le Dollar et l'Euro. Ca n'était pas gagné d'avance. Enfin, l'Euro attire beaucoup de monde. Des pays, puisque la zone euro qui avait été lancée par onze d'entre eux accueille aujourd'hui même son quatorzième membre, la Slovaquie. Il attire aussi des investisseurs, qui achètent notamment beaucoup d'obligations libellées en Euro. Au point d'ailleurs que la monnaie unique s'envole face aux autres devises, comme le Dollar et la Livre Sterling. L'Euro répond-il aux espoirs placés en lui? Il y avait deux grandes promesses dans le projet d'une monnaie commune: la protection et la croissance. Oui, l'Euro a été très protecteur. Nous n'avons plus droit à ces dévaluations à répétition, à ces négociations interminables où le Premier ministre sortant d'une nuit blanche mais sans réveillon annonçait d'une voix elle aussi blanche que ce n'était pas le Franc qui avait été dévalué, mais le Mark réévalué. Tout ça, c'est fini! Si le yoyo monétaire existe toujours, les relations au sein de la zone euro en sont désormais dispensées. Non, l'Europe n'a pas tenu sa promesse de croissance. Au contraire. Depuis dix ans, les pays de la monnaie unique ont avancé moins vite que le reste du monde. Et c'est de leur faute. Normalement, l'Euro aurait dû être le point de départ d'un rapprochement entre les politiques menées pour être plus efficaces ensemble. C'est l'inverse qui s'est produit: les pays de l'Euro se sont cru arrivés, comme des élèves qui ont beaucoup travaillé pour entrer dans une grande école et qui se reposent ensuite une fois reçus. La France, par exemple, n'a jamais fait d'efforts sérieux pour contenir son déficit public ou mieux faire fonctionner son marché du travail. Pire encore: elle s'est abritée derrière la protection de l'Euro pour s'asseoir sur ses réformes. Or on ne peut pas avoir une même monnaie et agir chacun à sa guise. Du coup, certains spéculateurs commencent à parier sur l'éclatement de l'Euro. Ce n'est pas le plus probable aujourd'hui. Mais pour que l'Euro tienne ses promesses de croissance au cours de sa deuxième décennie, les pays européens devront travailler ensemble. Là non plus, ce n'est pas gagné.

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