Ce matin, une chronique un peu légère au lendemain du réveillon du 31 : le champagne est-il un bon indicateur de la situation économique ? Eh bien, plus que l’on ne croit...

Légère peut-être, mais tout à fait sérieuse ! Effectivement, le champagne est un bon indicateur de conjoncture, notamment sur le long terme. J’ai sous les yeux les conclusions d’une étude réalisée par le champion français des spiritueux, Pernod-Ricard. Dans son portefeuille, on trouve notamment Mumm, la marque leader en France. Eh bien, les courbes montrent un parallélisme saisissant entre la croissance et les ventes de Champagne au niveau mondial. Le marché a chuté à trois reprises depuis 25 ans. Au moment de la première guerre du Golfe, au début des années 1990, au moment de l’éclatement de la bulle Internet et de la crise asiatique et en 2008-2009, la crise financière des subprimes.

Quelle explication peut-on donner ?

Elle est assez simple et logique. Le champagne, c’est la fête et c’est cher. Quand le climat est morose et que le chômage augmente ou que le pouvoir d’achat s’étiole, on est moins friand de bulles. Et comme l’Occident reste malgré tout le plus gros acheteur, cela se voit dans les linéaires de champagne.

Voilà donc pour le passé ; que nous dit le champagne pour 2012 et 2013 ?

Les données précises sur la fin de l’année ne sont pas disponibles puisque, il faut le savoir, Noël et le Réveillon du 31 décembre représentent une part considérable des ventes. Mais, cela dit, il semble bien que la règle se vérifie une fois de plus. En 2012, les professionnels français ont expédié autour de 315 millions de bouteilles, contre 319 l’année précédente. Comme on sait que les Américains, les Japonais et les Australiens ont beaucoup bu de champagne, cela indique que le marché français, lui, s’est tassé. Moins 2%, moins 5% : on verra. Et cela en dépit de promotions historiques, puisque l’on a vu des bouteilles à moins de six euros cet automne chez une enseigne bretonne de distribution. Au total, oui, c’est un bon indicateur. Quand les premières bouteilles reviendront sur les tables, ce sera bon signe ; ce n’est pas encore le cas.

Au-delà du champagne, les économistes raffolent de ce genre d’indicateurs avancés. Y en a-t-il d’autres ?

Bon, on va rester dans le léger – avec une pointe d’humour. C’est vrai que tout le monde cherche l’indicateur clé, parce que les indices officiels arrivent toujours après la bataille. Dans les années 1980, Yvon Gattaz, un ancien président du patronat, se fiait au nombre d’appels téléphoniques que recevait son entreprise. Dans les années 1990, Pierre Bérégovoy, ministre des Finances, comptait et recomptait le nombre de poids lourds entre Nevers, sa ville, et Paris. A une époque, le papier-carton était un bon témoin. Aujourd’hui, ce que l’on regarde, c’est la consommation d’électricité de l’industrie ou encore le trafic de containers sur les mers. Il y a des modes, des indicateurs « in » et des indicateurs «out ». Mais reconnaissons qu’il n’y en a qu’un, le Champagne, que l’on a envie de consommer sans modération – même s’il faut bien sûr se raisonner.

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