L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». __Un nombre élevé de médecins refusent de soigner les malades peu aisés qui bénéficient de la couverture maladie universelle. C’est un sujet d’étonnement, voire d’indignation, même si une partie des médecins qui nous écoutent vont probablement être en désaccord. De quoi s’agit-il ? La couverture maladie universelle, la CMU, mise sur pied par Lionel Jospin et Martine Aubry il y a quelques années, concerne un peu plus de 4 millions de personnes dont les revenus sont faibles. La Nation a décidé de prendre en charge presque totalement, par solidarité, le coût de leurs soins. Il y a peut-être, il y a sans doute, des abus mais c’est une réforme qui fait honneur à un pays. Mais à une condition : que tous les acteurs du système de santé jouent le jeu. Une enquête qui vient d’être menée pour le Fonds de financement de la CMU par un organisme très sérieux montre que ce n’est pas le cas. Les bénéficiaires de la CMU sont bel et bien victimes de refus de soins. Des acteurs ont appelé des centaines de médecins à Paris et ont demandé un rendez-vous. C’est ce qu’on appelle un “ testing ”. Résultats, Vincent Collen, journaliste aux « Echos », révèle que, sur 861 réponses reçues, environ 25% des médecins testés, un quart, refusent les patients couverts par la CMU. Certes, cette enquête ne concerne que Paris mais la situation dans les grandes villes doit être la même. Maintenant, il faut regarder dans le détail. Il y a peu de cabinets clos chez les généralistes dont les honoraires sont encadrés, c’est-à-dire qui pratiquent la consultation à 23 euros. Mais la proportion de refus passe à 28% chez les gynécologues, 33% chez les généralistes qui pratiquent des honoraires libres, 36% chez les dentistes et 38% chez les ophtalmologistes. Comment expliquer ces refus ? Il faut préciser une chose : le refus de recevoir un patient n’est pas illégal, sauf cas d’urgence évidemment. La seule sanction possible est celle de l’Ordre des médecins. Pour revenir à votre question, la principale explication est économique. Les médecins à honoraires libres ne peuvent pas appliquer des dépassements d’honoraires aux personnes qui sont dans le système CMU. Les dentistes sont plutôt mal payés aussi. Tout ça, ce sont des recettes en moins. Certains médecins invoquent l’absence de lecteurs de carte Vitale ou les mauvais remboursements par la sécurité sociale. Ces explications ne sont pas convaincantes. Alors, il ne s’agit pas de faire la morale aux médecins. Certains ont certainement leurs raisons de refuser des patients. A Paris, il est parfois peut-être difficile, financièrement, d’avoir une part importante de sa clientèle qui paie peu. Cela dit, cela ne peut être le cas de tous. Si le revenu disponible pour vivre d’un généraliste est de 70.000 euros par an environ, il dépasse 80.000 euros pour un gynécologue. Il ne doit pas être loin de 130.000 euros pour un ophtalmologue. Cette situation montre en tous cas toute l’ambiguïté d’un système qui marche mal sur deux jambes, où les médecins sont en grande partie mais pas en totalité payés par la collectivité tout en pouvant choisir leurs patients. Cette liberté est un droit mais emporte des devoirs aussi.

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