Hier, la banque française BNP-Paribas est allée officiellement reconnaître ses torts à New York pour avoir contourné l’embargo américain vis-à-vis de Cuba, de l’Iran et du Soudan.

C’est une affaire extrêmement symbolique : le ministre américain de la Justice lui-même a tenu une conférence de presse pour mettre en avant la plus grosse amende jamais infligée à une banque étrangère, plus de 6 milliards d’euros. Amende à laquelle s’ajoute une interdiction pour la BNP de financer, pendant un an, des projets pétroliers et gaziers en dollars à partir de Paris, Genève, Singapour et Rome. Ce qui lui est reproché, c’est d’avoir financé des opérations avec des pays sous embargo américain, alors même qu’ils n’étaient sous embargos ni français ni international de l’ONU. La justice américaine regarde aussi de près ce qu’ont fait les autres banques françaises, mais aussi les banques allemandes et italiennes. A partir de là, il y a beaucoup de questions.

La première d’entre elles : l’avenir de la BNP est-elle menacée ?

Non, franchement. La première banque de la zone euro a des ressources. L’amende représente une année de bénéfices. Elle va d’abord puiser dans ses fonds propres, va verser moins de bonus et va geler les dividendes à ses actionnaires. Le plus gros coût, c’est celui de la réputation internationale.

Deuxième question : doit-on être surpris que la banque se soit embarquée dans ce type d’opérations ?

Oui. Que BNP ait pu faire affaire avec le régime soudanais, un des plus sanguinaires de la planète, auteur d’un génocide, qui avait hébergé Ben Laden, est incompréhensible. A Paris, les dirigeants expliquent que c’est la filiale suisse qui a fraudé, qui est coupable. Mais BNP est responsable de ne pas avoir vu, de ne pas avoir su, d’avoir fermé les yeux ! En fait, comme avec Kerviel pour la Société Générale, cela rappelle qu’il y a des accidents industriels. Le zéro défaut n’existe pas. Si on réfléchit un peu plus, on peut se dire que l’accent a été mis ces dernières années sur la surveillance des ratios financiers, de solidité, de liquidité des banques, mais que les autorités publiques comme la Banque de France ou la BCE devraient avoir un œil sur ce genre de choses.

Troisième question : que dit cette affaire de l’imperium américain ?

Beaucoup ! La monnaie internationale étant le dollar, les Etats-Unis considèrent avoir un droit de regard sur tout ce qui se passe en dollar. Ce devrait être un argument pour faire de l’euro une monnaie plus puissante ! Au-delà, on voit bien que cette affaire relève de la même « soft power », la puissance douce, l’unilatéralisme américain, que d’autres affaires que l’on connaît bien. Les Américains utilisent l’avantage que leur offre leur puissance sur les réseaux pour exercer une puissance extra-territoriale . Grâce à la NSA, ils savent tout ; grâce aux géants du numérique comme Apple ou Google, ils dominent les innovations, mais aussi l’accès au savoir. Quoi encore ? Depuis 2010, ils ont accès aux données bancaires européennes grâce au réseau Swift, au nom de l’antiterrorisme. On le voit : banque, monnaie, numérique, télécoms, ils n’ont plus besoin d’envoyer la Flotte pour faire prévaloir leurs intérêts. La BNP a joué avec le feu, elle en paie le prix.

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