Au G20 d'Osaka, l’Europe est apparue en sandwich et trop peu écoutée : en avance sur le climat (par rapport aux autres blocs planétaires) et en retard sur le commerce international (par rapport aux pressions protectionnistes que beaucoup de peuples souhaitent).

Les membres du G20 à Osaka
Les membres du G20 à Osaka © AFP / EyePress

On ne parle pas ici du ballet des dirigeants qui ont discuté pendant des heures de chaque virgule d’un communiqué final tellement insipide que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a lui-même avoué qu’il ne l’avait lu en intégralité que parce qu’il n’arrivait pas à dormir à cause du décalage horaire. 

On ne parle pas non plus de l’image qui choque : pour la photo officielle de ce G20, Donald Trump, le prince héritier d’Arabie saoudite, Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont retrouvés au premier rang pratiquement au centre, dans une curieuse connivence d’hommes « forts » et le revendiquant tandis qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel étaient aux deux extrémités de ce premier rang d’oignon. Le Protocole est-il signifiant ? Peut-être. 

Non, quand on évoque "l’Europe en sandwich", on parle plutôt du contenu de ce G20. 

Sur le climat, le Vieux continent est assurément en avance, d’abord mais personne ne l’écoute vraiment – et c’est regrettable. Le président français s’est décarcassé pour que 19 pays sur 20 (hormis les Etats-Unis donc) réaffirment leur volonté de respecter l’accord de Paris. Avec Angela Merkel il a rattrapé par le col de chemise la Turquie et le Brésil. Mais qui s’en soucie vraiment ? Un Américain émet, par habitant, deux fois plus de dioxyde de carbone (CO2) qu’un Chinois, qui lui-même pollue désormais davantage, par habitant, qu’un Européen. Bref, à Osaka, les Européens ont utilisé leur capital politique international sur le climat, mais avec un résultat peu concret.  

Et l’autre côté du sandwich ? En avance sur le climat, l’Europe est-elle en retard sur le libre-échange ? Elle a conclu ce week-end aussi un accord de désarmement commercial avec les pays sud-Américains du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), accord qui était négocié depuis vingt ans. 90% des barrières douanières sont éliminées de part et d’autre. Un accord a été aussi signé avec le Vietnam. 

Au moment où les Etats-Unis déroulent un agenda commercial protectionniste, au moment où un certain nombre de peuples contestent la mondialisation, l’Europe croit toujours au multilatéralisme et au commerce international. C’est un signal fort, à contre-courant, intéressant mais contesté par, pour aller vite, les agriculteurs, Nicolas Hulot et les ONG. Le problème est que les Européens ont des arguments mais qui les connaît ? Elle explique peu sa position alors que pêle-mêle, Donald Trump, le Rassemblement National, une partie de la gauche, les Verts etc. sont vent debout contre. 

Oui, l’Europe parle, elle a des choses à dire, mais elle s’exprime mal et personne ne l’écoute. C’est tellement dommage.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.