Les achats des ménages sont revenus à leur niveau presque normal - même si certains secteurs restent en très mauvaise posture. La consommation a donc dépassé le stade du simple rattrapage.

C’est une information passée un peu inaperçue hier, et c’est dommage. Les achats de vêtements, d’électroménager, de meubles, d’alimentation, de carburants etc., ces achats ont bondi de 36% entre avril et mai et s’ils étaient encore en mai 7% en dessous de leur niveau d’avant-Covid, c’est parce que le déconfinement n’a commencé que le 11 mai. 

Pendant un tiers du mois de mai, beaucoup de commerces étaient encore fermés. Traduction donc : en ce moment on doit être revenu à peu près à la normale, et surtout : les consommateurs n’ont pas seulement effectué des achats de rattrapage puisque cela ne se dégonfle pas. 

C’est une bonne nouvelle parce que cela va plus vite que prévu, et que les biens vendus, il faut les fabriquer : la machine économique se remet en route. Explication : les revenus ont (en moyenne) peu baissé, sauf pour les artisans-commerçants et indépendants d’une façon générale, et (on n’en parle pas assez) tous ceux qui travaillent dans le secteur informel (le travail pas déclaré et les petits jobs). 

Mais on voit bien du coup que la reprise est très clivante, avec des secteurs qui tournent la page et d’autres qui restent au fond au trou : les avions restent au sol, un salarié d’Airbus sur dix va quitter l’entreprise, les hôtels sont souvent vides et l’industrie du spectacle et de l’événementiel boit la tasse. Il y aussi des difficultés là où on n’y pense pas : le télétravail en pyjama et le report des mariages a mis les pressings à sec. 

Prenez en revanche l’automobile : les 200.000 primes à la conversion pour l’achat d’une voiture neuve partent comme des petits pains. 

Première conclusion un brin ironique je l’avoue humblement : les envies de frugalité et déconsommation qui enthousiasment ceux qui ont les moyens de se priver volontairement du superflu, ces envies ne sautent pas encore aux yeux – mais cela viendra peut-être.

Et seconde conclusion ? C’est qu’il est difficile de savoir où en est l’économie précisément si on écoute les professionnels d’un secteur. Tous crient plus fort les uns que les autres qu’ils ont un pied dans la tombe si on ne les aide pas, et tous réclament des plans avec des fonds publics. C’est indispensable, c’est souvent vrai, c’est parfois moyennement vrai et c’est sans doute parfois faux. 

Les chiffres de l’Insee sont plus fiables que les cahiers de doléances.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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