L’édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ___Une nouvelle menace économique est apparue ce week-end, celle de la déflation. C’est ce qui donne envie de réagir, ce matin, avec un peu de vigueur. Eurostat, l’institut statistique européen, a annoncé vendredi que les prix de mai 2009 se sont affichés au même niveau que ceux de mai 2008 dans la zone euro. En langage courant, cela signifie que, depuis un an, les étiquettes n’augmentent pas – en moyenne bien sûr. En langage économique, cela signifie une inflation zéro en rythme annuel. Et immédiatement, et c’est là le point intéressant, on a entendu la déflation est de retour, la déflation menace. La déflation c’est-à-dire la baisse généralisée des prix et des salaires comme l’Europe en a connue dans les années 1930, juste avant la Seconde guerre mondiale. Il est frappant de voir combien nous avons envie de nous faire peur, de rajouter des menaces à d’autres menaces, d’être persuadé que le pire est certain. Il y a quelques mois, on nous promettait la crise de 1929 en pire. Aujourd’hui, le nouveau mot qui fait peur, la déflation. Cette menace est-elle sérieuse ? La période actuelle est assez riche pour ne pas avoir besoin de déformer la réalité. Cette réalité est assez simple. Il y a un an, le prix du pétrole était dans une ascension fulgurante qui l’a poussé jusqu’à quasiment 150 dollars mi-juillet. Depuis, il s’est littéralement écroulé. Le résultat est qu’entre avril 2008 et avril 2009, le prix des carburants a baissé en France de 20%, le prix du fioul, lui, a plongé de 36%. Il n’est pas nécessaire d’être prix Nobel d’économie pour comprendre que ce type d’évolution pèse lourdement sur l’allure générale de l’indice des prix. En France, les prix de l’énergie minorent l’inflation d’un point. Quand Eurostat constate que les prix sont stables depuis un an en Europe, la composante énergétique compte énormément. Les économistes s’attendent même à ce que l’indice des prix s’affiche à la baisse cet été parce que le pic avait été atteint à l’été 2008. Mais ce ne sera pas de la déflation ? Non. Hors énergie, les prix continuent de monter – de 1,6% sur un an en France par exemple, surtout les prix des services. A l’automne, les indices devraient du coup repartir à la hausse. On voit d’ailleurs que le pétrole est repassé en quelques semaines de 40 à 65 dollars le baril. La confusion vient du fait qu’il existe par ailleurs des forces déflationnistes. Lesquelles ? Les entreprises, qui ont besoin de vendre à tout prix, peuvent être tentées de baisser les prix de leurs produits et de faire pression sur les salaires. On en a parlé en France, mais c’est ce qu’on voit aux Etats-Unis. Les ménages, eux, peuvent être tentés d’attendre avant d’acheter parce qu’ils espèrent que les prix vont baisser – c’est ce qui se passe dans l’immobilier. Si cela se produisait, ce serait une vraie spirale dangereuse. Mais la grande différence avec les années 1930 est qu’il existe des revenus sociaux, des indemnités chômage. Conclusion. Pour l’instant en tous cas, en Europe, la déflation est dans les débats, pas dans les faits. Les mots pèsent lourd, inutile de rajouter la déprime à la récession si on veut éviter la dépression.

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