Les revendications salariales se multiplient en Chine.On peut être tenté d’y voir, pour nous européens, une aussi bonne nouvelle pour le long terme que la baisse de l’euro en constitue une pour le court terme. Effectivement, il y a actuellement plusieurs conflits salariaux en Chine. Il s’agit d’entreprises étrangères et, d’abord de Honda. Le groupe automobile japonais a dû arrêter sa production dans ses usines parce que ses ouvriers veulent être mieux payés. Avec un blocus, ils ont déjà obtenu que le salaire le plus bas, de 900 yuans (107 euros par mois), soit relevé. L’autre conflit concerne un géant taïwanais, Foxconn, qui emploie 800.000 salariés en Chine (dont 400.000 dans une seule ville). Vous ne le connaissez pas, mais c’est le plus grand sous-traitant électronique du monde, qui assemble des appareils pour Apple, Sony, Nokia ou encore Dell. Dix salariés se sont donnés la mort sur leur lieu de travail et le groupe, accusé de surexploiter ses équipes, a été contraint en urgence d’augmenter les salaires de plus de 20% pour une partie des salariés. Voilà pour le constat. Et les explications ? C’est le plus intéressant parce que ce genre de conflits va se répéter. Car les ouvriers nés dans les années 80 et 90 sont très différents de leurs parents qui avaient connu le travail à la campagne et l’horreur du maoïsme. Pour ceux-ci, aller travailler à l’usine, c’était la chance de gagner un peu d’argent avant de revenir au village. La nouvelle génération d’enfants uniques, elle, « rêve » de la ville. Mais elle cumule les frustrations. Avec des salaires mensuels compris entre 100 et 230 euros, elle doit vivre dans des usines dortoirs et ressent de plus en plus mal le travail très dur qui est imposé à la chaîne. Ces jeunes salariés n’ont plus aussi peur du pouvoir politique. Qu’en pense le gouvernement chinois ?Il est embarrassé. D’un côté, il a besoin que la Chine reste l’atelier du monde, l’usine du monde. Et l’argument principal est le coût du travail. La Chine a besoin de ces emplois mal rémunérés pour absorber la masse de nouveaux travailleurs arrivant chaque année de ses campagnes. Le pouvoir ne veut pas perdre les investisseurs étrangers. Sinon, et ils en parlent, ces entreprises étrangères iront ailleurs, et cela commence, vers le Vietnam, l’Indonésie, l’Inde. De l’autre côté, Pékin affirme depuis des mois vouloir rééquilibrer son économie vers la consommation locale, vers le pouvoir d’achat. Il faut savoir que pour beaucoup d’analystes, la dictature politique ne tient qu’en échange de cette promesse d’un meilleur niveau de vie. Résultat, pour l’instant, le pouvoir politique se tâte et multiplie les appels à « l'harmonie sociale ». Et pour nous, qu’est-ce que ça change ?Il faudra des années pour que les salaires augmentent vraiment, (sauf pour les cadres de haut niveau où le rattrapage est rapide). Parce que pour la main d’œuvre peu qualifiée, la Chine a ce que les marxistes appellent une immense armée de réserve ! Cela dit, le mouvement ne s’arrêtera pas et il aura à terme deux conséquences : les écarts de coûts se réduiront un peu (tant mieux pour les emplois) mais nous paierons aussi plus cher nos produits de consommation ! Et le pire, bien sûr, c’est qu’il faudra se réjouir de l’un mais aussi de l’autre.

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