Nomination du nouveau numéro deux de Renault, Carlos Tavares, dernière étape de la calamiteuse fausse affaire d’espionnage.

Cette affaire peut être regardée sous beaucoup d’angles, dont certains n’ont pas été examinés jusqu’à maintenant. L’aspect le plus trivial est l’arrivée de Carlos Tavares, qui remplace Patrick Pelata, choisi comme fusible par Carlos Ghosn. La mission du nouveau tandem de Renault est d’une simplicité biblique : redresser la marque au losange, oubliée au profit de Nissan. La liste des reproches ? Son image s’est dégradée, on commence à penser Logan quand on pense Renault. Il n’y a plus de voitures haut de gamme, les petites sont assemblées ailleurs qu’en France et Renault est absent de Chine…

Bref, pour résumer, quand Renault a pris le contrôle de Nissan en 1999, les deux groupes avaient la même taille ; aujourd’hui, le Japonais est deux fois plus gros. Et en plus, le climat interne n’est pas bon. Certes, il y a de beaux projets, les véhicules électriques, mais Renault doit réagir. Pour commencer, Nicolas Sarkozy a demandé à Carlos Ghosn d’être plus présent en France, ce que ce dernier a promis sagement hier dans Le Parisien .

Mais il y a (donc) d’autres aspects intéressants dans cette nomination. Deux réflexions. La première porte sur l’internationalisation à la tête des grands groupes français. Carlos Tavares a la nationalité portugaise. Il travaille pour Renault depuis longtemps, mais ces dernières années, il était au Japon et aux Etats-Unis. Carlos Ghosn a un passeport français mais, on le sait, il a été élevé au Brésil par des parents libanais. Si on regarde le CAC 40, le patron de Carrefour, Lars Olofsson, est suédois. Celui d’Alcatel Lucent, Ben Verwaayen, est hollandais. Celui de Sanofi-Aventis, Chris Viehbacher, est canadien et allemand. On pourrait continuer avec Lashmi Mittal, chez ArcelorMittal. Et il y a les Français qui ont passé une partie de leur vie à l’étranger, comme Jean-Pascal Tricoire (Schneider Electric) en Chine. Il y a dix ans, le franco-britannique Lindsay Owen Jones était un cas chez L’Oréal ; le phénomène s’est répandu et explique le lien différent –distendu ?– des grands groupes qui réussissent avec la France.

Et deuxième réflexion ? Elle concerne notre métier et la communication d’entreprise. Avec le recul, on reste fasciné par la facilité avec laquelle l’hypothèse de l’espionnage s’est imposée comme une vérité. De cet emballement, les journalistes sont-ils coresponsables ? Il faut dire aux auditeurs que les entreprises ne fonctionnent pas du tout comme le milieu politique ou gouvernemental, ouvert à tous vents, où tout le monde a intérêt à parler, à « fuiter », à exister. La communication des sociétés, elle, est très contrôlée, avec des services de presse et des agences de « com » très professionnels. C’est clairement, je peux en témoigner, plus verrouillé qu’il y a quinze ans. En dehors des syndicats, il est très difficile d’avoir des contacts hauts placés non autorisés. Au moment de l’affaire des faux espions, par exemple, les cadres de Renault avaient interdiction formelle de parler à qui que ce soit.

La justification de ce formatage est que les sociétés sont privées et cotées. Mais, de Servier à Renault affaires qui n’ont rien à voir- cela ne facilite pas le travail d’information du public.

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