Ce matin : le temps politique et le temps économique.

Sur la loi Travail, il y a beaucoup de questions débattues. Sur le contenu, sur les lignes de fracture intellectuelles et syndicales, sur les méthodes d’action. Mais il y a aussi un point à soulever qui est la longueur des processus d’élaboration des lois, et plus généralement des réformes. Longueur qui rajoute du stress sans être véritablement utile. La première fois que la loi Travail a été évoquée, c'est en avril 2015, quand Manuel Valls a confié une mission sur le sujet à Robert Badinter. Le trajet parlementaire se terminera cet été, et il y aura ensuite la période des décrets. Au total, 600 jours peut-être. Et pendant tout ce temps, il y aura eu les attentats, les élections régionales, l’Euro de foot. Euro qui se retrouve otage pendant que le Sénat travaille, travail peu utile.

Ces délais, avec quels effets ?

Les Français sont perdus. Ils entendent parler d'un texte au moment de son annonce. Puis quand ils découvrent que les choses ne changent vraiment que un, deux ou trois ans plus tard, ils perdent confiance dans la loi et cela renforce l’idée d’impuissance. Les acteurs économiques qui attendent des effets rapides d’un texte sont dans le même état d'esprit.

C’est plus rapide dans la vie des entreprises ?

La comparaison a beaucoup de limites, mais oui tout va plus vite. Quand le prix du pétrole chute brutalement, c’est en six mois que Total s’adapte, revoie ses plans, réduit de beaucoup ses coûts, sans un licenciement d’ailleurs. C’est en deux ans que Carlos Tavares a redressé PSA et que Carlos Ghosn a sauvé Nissan. On pourrait multiplier les exemples. Quand Uber arrive en France, on fait des lois mais elles sont obsolètes quand elles entrent en vigueur.

Y-a-t-il des solutions ?

Comment accélérer l’action publique sans nuire à la démocratie pourrait être un thème pour 2017. Les lois de finances sont examinées en soixante-dix jours, pas un de plus, parce que les impôts doivent être levés au 1er janvier, c’est un sacré stimulus. On pourrait imaginer que le gouvernement puisse, sur quelques sujets par an, exiger que ça aille très vite. Cela éviterait cet exemple étonnant d’un projet de loi sur les embargos de guerre qui tourne au Parlement depuis … dix ans !

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