L’équation budgétaire d’Emmanuel Macron se complique déjà.

Oui, et ce n’est pas parce que le nouveau président a déjà pris des décisions de baisse d’impôts ou de hausse de dépenses, mais c’est parce que l’héritage laissé par François Hollande n’est pas flambant. Ce n’est pas moi qui le dis, mais la Cour des comptes dans un rapport publié hier sur les comptes de l’Etat. Les spécialistes liront avec jubilation les centaines de pages ultra-techniques, mais résumons-les : il y a eu en 2016 un certain nombre d’acrobaties comptables, d’astuces, de dépenses mises sous le tapis, et du coup la Cour n’est pas optimiste pour que cette année 2017 se passe sans anicroches. Quatre éléments précis. Le premier : le déficit de l’Etat, l’écart entre les dépenses et les recettes, s’est élevé à 69 milliards d’euros l’an dernier, et c’est plus qu’en 2013. En clair, il ne baisse pas malgré toutes les promesses de sérieux et toutes les hausses d’impôt. Deuxième élément : en cinq ans, la dette publique a augmenté de près d’un quart (!), mais cela n’affole personne parce que les taux d’intérêt sont si bas que s’endetter ne coûte presque rien. Le coût annuel de la dette a même baissé ! Mais attention c’est une pente glissante ou de la morphine, il suffirait que les taux remontent d’un petit point pour que cela nous coûte très cher d’ici quelques années.

Et quoi d’autre ?

Le troisième élément auquel il faut prêter attention est l’usage que l’Etat fait du budget. La Cour constate qu’il investit peu, trop peu et trop lentement pour l’avenir alors que, on vient de le dire, le crédit est gratuit. Depuis 2010, Sarkozy puis Hollande ont lancé ce qu’on appelle les grands plans d’investissement, une enveloppe de 57 milliards a été annoncée. Mais pour l’instant, seulement 17 ont été dépensés. Tout dernier point. Quand on épluche les travaux de la Cour des comptes, on s’aperçoit que le produit de l’impôt sur le revenu a augmenté de 39% entre 2011 et 2016. C’est énorme, c’est le ras le bol fiscal des classes moyennes, des cadres et d’un certain nombre d’acteurs économiques. Quelle conclusion à tout cela ? Plus d’impôt, peu d’investissement, un déficit qui ne baisse pas : avec la meilleure bienveillance du monde (le mot est à la mode), on voit que la situation financière de l’État est fragile.

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