Depuis 6 heures ce matin, Washington a relevé ses tarifs douaniers.

L’acier européen exporté aux Etats-Unis subit désormais une surtaxe de 25 %. Et l’aluminium une taxe de 10 % à l’entrée sur le territoire américain. 25 %-10 % : c’est une sacrée hausse, les droits étaient jusqu’à hier de 3 %. Washington a donc ouvert une guerre commerciale avec l’Europe (mais aussi le Mexique et le Canada) pour protéger l’industrie sidérurgique "made in USA" en renchérissant l’acier importé. 

Cette information fait la une de tous les médias économiques du monde, mais le paradoxe est que le sujet est en lui-même assez mineur. Le conflit porte sur 5 millions de tonnes d’acier et d’aluminium expédiées d’Europe aux Etats-Unis, alors que la production mondiale d’acier est de 1,7 milliard de tonnes. Soyons plus clairs : l’Europe fait traverser l'Atlantique à l’équivalent en poids de 500 tours Eiffel par an, quand le monde en construit l’équivalent de 170 000... Voilà de quoi on parle. 

Alors, si Donald Trump fait de l’acier un porte-drapeau, c’est parce que l'acier est identifié à l’histoire industrielle américaine, celle des ponts, des voitures, des gratte-ciels. Mais on comprend au fond que ce n’est pas l’acier qui explique le retentissement exceptionnel de cette affaire : c’est le risque d’une escalade où chaque pays se met à taxer le commerce, ce qui remonterait les prix pour nous consommateurs. 

Hier, le Canada a annoncé des rétorsions immédiates, l’Europe va s’y mettre sur des produits américains comme notamment le maïs (sauf les semences), le jus d'orange et les jeans.

Et la prochaine étape ?

C’est l’engrenage que craignent par dessus-tout les Allemands : la taxation de  leurs automobiles envoyées aux Etats-Unis. Là, plus personne ne rit à Berlin. 

Dans cette affaire, la France se retrouve toute moyenne au milieu, entre un pays qui a un déficit commercial gigantesque, les Etats-Unis, et un autre qui a un excédent gigantesque, l’Allemagne. Ce qui est amusant (si on peut dire) est qu’ils souffrent de maux contraires. 

- Les Etats-Unis importent énormément de produits parce qu’ils vivent au dessus de leurs moyens, ils épargnent peu, ils consomment trop. En fait, ils sont en déficit avec une centaine de pays, donc difficile pour Washington de dire qu’ils sont tous méchants ! Les Américains, ce sont des cigales. 

- Les Allemands, à l’inverse, exportent sans compter mais ne consomment et n’importent pas assez. Ce sont des fourmis. La guerre de l’acier va-t-elle changer cette donne globale ? Trump le croit mais le risque de cette guerre est surtout qu’elle fait fasse dérailler une croissance mondiale aujourd’hui plutôt solide.

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