La croissance mondiale sera la plus élevée depuis 1973. Le déficit budgétaire de la France sera le plus élevé depuis 1945. Que restera t-il pour financer la transition écologique ?

2021 est une année doublement folle. 

1 - L’OCDE, c’est l’organisation économique des pays développés, a présenté hier ses prévisions économiques, qui parient sur une croissance mondiale de 5,8% cette année. Si c’est le cas, ce sera la croissance la plus élevée depuis 1973 – c’est pour cela qu’on peut parler d’une année folle. Chacun le sait, l’image renvoie aux années 1920, après le premier conflit mondial. 

Naturellement, ce boom d’aujourd’hui suit une récession historique l’année dernière et la condition pour que ce boom se confirme est que la vaccination continue de bien avancer. Naturellement aussi, c’est une moyenne, et le monde entier ne repart pas à la même vitesse. 

Mais enfin, c’est une excellente nouvelle et la France est dans ce bateau de la reprise, exactement dans la moyenne de 5,8%. Voilà la première « folie ». 

2 - La seconde "folie", c’est l’ampleur de l’argent que l’on met sur la table pour obtenir cette croissance, pour maintenir les emplois et les revenus. On a appris aussi hier que le déficit public français dépassera les 9% du produit intérieur brut cette année. Comme toujours, un pourcentage cela ne dit rien à personne, mais le gouvernement a indiqué que le déficit budgétaire français, celui de l’Etat, s’élèvera à 220 milliards d’euros. Ce sera le plus haut depuis 1945. Vous le voyez, nous tutoyons l’histoire économique avec un grand H.  

3 - Est-ce un problème ? La réponse, depuis un an, est non : ce n’est pas un problème … Avec des taux d’intérêt riquiqui, cela ne coûte rien, c'est gratuit – et patati et patata, etc. etc. si vous me permettez. Moi-même, j’ai regardé, je n’ai pas parlé des comptes publics que deux fois depuis décembre – c’est dire si j’ai aspiré l’air du temps, c’est ennuyeux pour un chroniqueur économique. Et pourtant. 

Il y a deux questions à se poser, sous deux angles. La première est que les taux d’intérêt peuvent remonter, et ils vont le faire un jour on ne sait juste pas quand. Cela fera alors très mal. La seconde question est plus subtile. Quel est le défi majeur de la décennie, après le virus ? C’est évident : investir contre le réchauffement climatique. Mais les politiques monétaires et les politiques budgétaires ayant déjà tout donné, elles sont au bout du bout, comment faire ? Vous me direz : s’endetter encore grâce aux taux d’intérêt très bas. 

Sauf que quand on n’a qu’une seule corde à son arc et qu’on tire dessus jusqu’à épuisement, cette corde risque tout de même de craquer.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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