Le 1er mai, avec une question : que s’est-il passé entre Nicolas Sarkozy et les syndicats pour qu’ils en arrivent à cette détestation ?

Que s’est-il passé ? C’est la question quand on voit le fossé entre le début et la fin du quinquennat. En 2007-2008, le nouveau président réunissait les syndicats, il les cajolait avec la réforme de la représentativité qui a donné un vrai avantage à la CGT et la CFDT. Il faisait même passer la pilule de la réforme des régimes spéciaux de retraite d’EDF ou de la SNCF avec des douceurs, par exemple des primes et des avantages maintenus. A EDF encore, les salaires ont été plus que maintenus et l’électricien national a été choisi pour des projets nucléaires contre l’entreprise privée GDF-Suez. Autre exemple ? La réforme des Ports, à Marseille, n’a pas été aussi radicale qu’elle aurait pu l’être. Et, voilà, aujourd’hui, la CGT veut faire battre le chef de l’Etat et François Chérèque veut faire battre les idées du candidat Sarkozy - ce qui (on en conviendra) n’est pas très différent.

On revient donc à la question de départ : que s’est-il passé ?!

Il y a plusieurs dimensions - je crois. Ou plusieurs tournants. L’assouplissement des 35 heures à l’été 2008 en a été un pour la CFDT. La réforme des retraites en a été un autre. Les syndicats ont cru que le pouvoir finirait par négocier quelque chose avec eux - comme il l’avait fait en 2003. Ce qu’ils n’ont pas vu est que Nicolas Sarkozy avait besoin d’une victoire nette pour contredire tous ceux qui lui reprochaient jusqu’alors de ne réformer qu’à moitié. L’annonce de référendums pour réformer par exemple la formation a coupé les derniers fils restant entre l’Elysée et les centrales. Choix assumé ou pas, cette dégradation coïncide avec le départ de Raymond Soubie, la vigie sociale, de l’Elysée.

Mais n’y a-t-il pas une dimension psychologique aussi ?

Certainement ! Nicolas Sarkozy estime qu’il a été « trahi », et les syndicats aussi. Le chef de l’Etat a aussi surestimé le réformisme de Bernard Thibault, mais il n’est pas le premier. Sa déception explique son violent discours de principe contre les corps intermédiaires en général, avec lequel François Fillon a eu raison hier de prendre ses distances. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer le fait que la CGT et la CFDT sont dans des phases de succession de leurs dirigeants. Succession réglée comme du papier à musique à la CFDT ; succession très difficile à la CGT.

Les syndicats espèrent donc l’arrivée de François Hollande à l’Elysée ?

Ils espèrent sûrement des retours d’ascenseurs et il y en aurait. La pression serait forte. Mais ils devraient regarder ce qui se passe en Europe : en Allemagne, les salaires augmentent mais après dix ans de vaches maigres ; en Italie, un premier ministre de gauche remet en cause le contrat de travail et envoie « bouler » les syndicats. François Hollande, lui, dit presque que l’arrêt du « un sur deux » dans la fonction publique signifierait aussi le maintien du gel des salaires. Bref, qu’on ne peut pas tout avoir.

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