Par Jean-Marc Vittori.

1er mai : journée de la fête du Travail, journée aussi des défilés syndicaux. D’où votre question, ce matin : où en est le mouvement syndical en France ? C’est simple : trois grands défilés sont prévus aujourd’hui. La CGT et la FSU sur le classique parcours parisien Bastille-Nation, FO toute seule comme d’habitude au Mur des Fédérés, la CFDT délocalisée à Reims avec la CFTC et l’UNSA. Le paysage syndical est donc éclaté. Contrairement aux années précédentes, il n’y a plus Nicolas Sarkozy au pouvoir contre lequel CGT et CFDT étaient prêtes à s’unir. Et François Hollande a mis un coin entre les deux grandes centrales en lançant les négociations sur les droits sociaux des salariés et des employeurs qui ont abouti le 11 janvier. La CFDT a signé avec la CGC et la CFTC tandis que la CGT et FO ont refusé. Les tensions ont monté avec l’épisode du drapeau CFDT brûlé à Lille par des militants CGT, devant des caméras. On défile chacun dans son coin.Est-ce que ça pose problème ? La France a plusieurs organisations en concurrence pour les mêmes salariés – contrairement à l’Allemagne par exemple, où il y a un seul syndicat dans chaque grand secteur économique. Et en même temps, notre pays compte moins de 8% de syndiqués parmi ses salariés, le chiffre le plus bas des pays avancés à l’exception de la Turquie. Beaucoup de syndicats pour peu de syndiqués : ce n’est pas très difficile à comprendre, ça fait des organisations faibles. Et donc un dialogue social anémié, qui est l’un des grandes faiblesses non seulement sociales mais aussi économiques du pays.

De nouvelles têtes peuvent-elles changer la donne ?

C’est vrai qu’en six mois, trois centrales ont changé de leader. En novembre dernier, le jovial et bouillonnant Laurent Berger a succédé à François Chérèque à la tête de la CFDT. En mars, le pragmatique et solide Thierry Lepaon a pris le relais de Bernard Thibaut à la CGT. Et en avril, la battante Carole Couvert a été élue présidente de la CGC. Mais pour l’instant, ça ne change pas grand-chose. Laurent Berger marche dans les pas de son prédécesseur qui l’avait choisi et formé, assumant haut et fort son réformisme. Thierry Lepaon, lui, poursuit l’exercice d’équilibriste de Thibaut entre négociation et contestation. La révolution dans les syndicats, ce n’est pas pour maintenant. Le syndicalisme français est-il alors condamné à rester faible ? Non, derrière cette impression d’immobilisme ça change en profondeur. Quatre exemples. Primo, il y a actuellement des négociations sur la qualité du travail dont personne ne parle mais où les syndicats avancent ensemble. Secundo, la loi sur la représentativité votée en 2008 va distiller à long terme ses effets bénéfiques. Le poids d’un syndicat dans les négociations n’est plus déterminé par une loi datant de 1945, mais par les voix recueillies aux élections professionnelles. Ca va dans le bon sens, même s’il y a encore des progrès à faire puisqu’un texte peut être approuvé avec seulement 30% de oui. Tertio, le gouvernement encourage vraiment le dialogue social. Pour la première fois, un accord social a été repris pratiquement tel quel par les députés. Quarto, avec cet accord, les syndicalistes dans les grandes entreprises vont accéder au conseil d’administration, lieu suprême du pouvoir dans une société. Ca va changer les rapports de force. Peut-être même que nous finirons par avoir en France une vraie démocratie sociale.

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