La quasi-fermeture du trafic ferroviaire a déjà fait perdre 2,1 milliards d'euros à la SNCF en mars et avril. Avec le mois de mai et les incertitudes de la reprise, la facture va monter. L'entreprise va revoir ses embauches à la baisse.

Jean-Pierre Farandou, son PDG, a présenté hier soir sur France 2 la façon dont elle va s’organiser concrètement : un siège sur deux dans les trains ; des masques obligatoires pour les passagers dès l’entrée dans la gare ; un redémarrage du trafic progressif avec, après le 11 mai, 60% des trains de la vie quotidienne et davantage en juin, mais peu de TGV à court terme – à la demande des pouvoirs publics. 

La SNCF a naturellement très envie de redémarrer parce que toutes ces semaines de confinement lui ont coûté et lui coûtent extrêmement cher. Les chiffres sont énormes. Selon nos informations, confirmées par le PDG samedi matin sur France Inter, la SNCF, entre la mi-mars et la fin mai va perdre environ 3 milliards d’euros. 600 millions en mars. 1,8 milliard en avril. En mai, cela va être encore lourd. Rien de surprenant : il y a actuellement 1% du nombre habituel de passagers seulement dans les TGV, et les TER et les trains de proximité tournent 15-20%. 

En mai, on ne sait pas quel sera le taux de remplissage : au maximum 50% (un siège sur deux), peut-être moins si les clients ne reviennent pas. Au total, ces trois milliards de perdus en quelques semaines s’ajoutent au milliard d’euros évaporés pendant la grève des transports liés à la réforme des retraites – je ne sais pas vous mais moi cela me paraît avoir eu lieu il y a un siècle.

Tout ça semble très loin effectivement... Ces pertes, Dominique, mettent-elles la SNCF en danger ?

Non, mais elle ne pourra pas faire comme si de rien n’était. Elle n’a pas de problème de liquidité mais Jean-Pierre Farandou a quand même dû emprunter 1,2 milliard d’euros sur les marchés financiers il y a dix jours. 

Quand on perd des milliards qu’on ne regagnera pas (on ne va pas prendre le train deux fois plus pour rattraper le coup), quand on perd des milliards, l’Etat-actionnaire est appelé à l’aide. L’Etat prête de l’argent à Air France direz-vous. Il fera donc son devoir d’actionnaire sous forme de recapitalisation ou autrement. Sauf qu’à la différence d’Air France, la SNCF a déjà vu sa dette allégée de 25 milliards d’euros le 1er janvier dernier. Cela finit par faire beaucoup pour le contribuable. 

Le PDG a donc averti mercredi son conseil d’administration qu’il faudra s’adapter à la nouvelle donne, sur les investissements voire sur l’emploi. C’est trop tôt mais les discussions vont avoir lieu avec l’Etat. Un Etat qui sait ce qu’il veut puisqu’il vient d’imposer la distanciation sociale dans les trains alors que ni la SNCF ni la RATP n’en voulaient et ne croyaient cela possible.

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