Laurent Guez, directeur délégué de la rédaction des Echos Week-End et des Echos Business.

Le Premier ministre a annoncé hier que la présentation du projet de loi sur le travail sera reportée de deux semaines. Mais ce matin, les partisans comme les adversaires du texte commencent à imaginer qu’il pourrait être enterré…

Oui, et il faut à tout prix éviter ça, pour trois raisons.

D’abord, parce que le marché du travail fonctionne très mal, on se demande qui peut encore en douter avec 3 millions et demi de chômeurs. Ne rien faire serait irresponsable.

Ensuite, parce que le retrait pur et simple d’une réforme pour cause de protestation enverrait un signal désastreux. C’est d’ailleurs ce qu’on fait depuis des décennies. Vous savez, au fond, même ceux qui sont farouchement contre telle ou telle réforme, eh bien quand ils se rendent compte, au terme d’une mandature, que rien n’a été fait, ils désespèrent de l’impuissance politique.

Enfin, parce que le retrait du projet sur le travail serait un gros gâchis. C’est vrai qu’il contient des éléments contestables (par exemple, le plafonnement des indemnités de licenciement), mais il prévoit aussi des mesures que tout le monde ou presque juge… positives ! Il faut donc, au minimum, sauver cette partie du projet.

Quelles sont ces dispositions qui, selon vous, font quasiment l’unanimité ?

Je pourrais citer la possibilité de consulter les salariés pour obtenir des accords majoritaires : même si ça déplait à certains, comme la CGT, la mesure est plutôt consensuelle.

Mais a disposition la plus importante, et la plus innovante, c’est le compte personnel d’activité : avec ce système, les droits acquis – notamment le droit à la formation, le compte pénibilité, le compte épargne temps, ou encore les indemnités chômage - ne seraient plus attachés à un poste, mais à une personne. Si cette personne change d’emploi, si elle déménage dans une autre région, ou si elle est licenciée, elle conserve tous ses droits. D’où le concept de « sécurisation des parcours », ou de « sécurité sociale professionnelle ».

Voilà pourquoi, cher Marc, la CFDT, qui était très remontée contre le texte, estime qu’ « il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ». Et quand elle parle du bébé, elle ne fait pas référence à la jeune ministre du Travail, mais bien à son projet de loi.

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