Carlos Ghosn a passé sa centième nuit dans la prison japonaise où il est depuis la mi-novembre. Ses conditions de détention restent difficiles et quelles que soient ses fautes - sans aucun doute réelles -, les mérite-t-il vraiment ?

Carlos Ghosn a passé sa centième nuit dans la prison japonaise où il est depuis la mi-novembre. Alors oui il est certainement coupable d’un certain nombre de choses, il était le patron salarié le mieux payé de France, ses revenus étaient indécents et il n’est pas nécessairement très sympathique. 

Mais mérite-t-il d’être encore en prison, dans les conditions où cela se passe, depuis cent jours ? La question doit au minimum être posée et je pense que non. Pour prendre une expression triviale, il n’a pas tué père et mère, on lui reproche d’avoir minoré ses revenus dans les rapports de Nissan aux autorités boursières et un abus de confiance. 

Certes, la sous-évaluation serait de 74 millions d’euros (c’est inouï) et je sais que beaucoup d’auditeurs se disent « bien fait pour lui, on ne va pas le plaindre ». Mais il conteste ce qui lui est reproché et refuse d’avouer, c’est pour cela qu’il reste en prison.  

Concrètement, où est-il ? Il a changé de cellule, elle dépasse maintenant 6m2, il a un lit, mais il est toujours avec de la lumière 24 heures sur 24, avec l’interdiction de lire une partie du temps. Il a eu la visite de sa femme hier mais il est toujours interrogé sans son avocat. Son maintien en détention, même s’il est classique pour le Japon, ressemble à un abus de droit au regard des conventions internationales. 

C’est moins la durée de la détention qui interroge -en France la détention provisoire peut aller jusqu’à plusieurs années selon la gravité des faits-, c’est donc moins la durée que ses conditions. Ce n’est pas non plus parce qu’il dirigeait un des trois 1ers groupes automobiles de la planète que sa détention stupéfie (face au droit, chacun doit être égal que l’on soit puissant ou misérable cmme on dit), mais parce que les intérêts économiques et politiques ne sont pas absents de ce dossier – on prend garde de ne pas parler de complot. 

Bref, on ne voit pas bien pourquoi il ne pourrait pas être placé en résidence surveillée. 

Est-il défendu par la France ? 

Il a droit à la protection consulaire et l’ambassadeur sur place fait le maximum semble-t-il. Mais disons-le aussi : la priorité du gouvernement c’est de préserver l’alliance avec Nissan et il s’attend à de nouvelles révélations à charge. Carole Ghosn a écrit en Carjanvier à l’Elysée qui n’aurait même pas répondu, ce qui est déplacé. 

Au total, quoi qu’on pense de Ghosn, et sûrement pas que du bien, Barack Obama lui avait proposé de sauver General Motors, il était resté chez Renault-Nissan, où il a réussi quelque chose d’exceptionnel. Il snobait l’establishment français, mais c’est un peu facile de le laisser croupir en prison sans rien dire.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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