En 2020, le pouvoir d'achat a augmenté à la surprise générale mais les Français ont épargné plus que jamais auparavant. Pour dégeler cette épargne, la gauche propose une taxe, le gouvernement réfléchit à des incitations.

L’Insee l’a annoncé officiellement vendredi : le pouvoir d’achat global des ménages a augmenté de 0,6% en France l’année dernière. Vous avez bien entendu, il a augmenté en 2020, année d’une récession de 8%. Par unité de consommation, en tenant compte de la démographie, le pouvoir d’achat a certes stagné, mais la surprise est la même : il n’a donc pas baissé. 

Comment est-ce possible ? C’est qu’il y a eu d’énormes disparités. Le revenu des retraités, des fonctionnaires et des cadres du privé qui ont télétravaillé n’a pas bougé d’un iota. Le revenu des salariés en chômage partiel et de tous ceux qui ont pedu des heures supplémentaires (ce revenu) a diminué, mais peu – grâce aux mesures des pouvoirs publics. En revanche, d’autres Français ont vraiment souffert : actifs en fin de contrat précaire, étudiants qui ont perdu leur job – et j’ajouterai, même si on ne sait par définition pas, travailleurs au noir dans les restaurants, les marchés etc. 

Quel est le dilemme du gouvernement ? Décider à quel moment commencer à diminuer les mesures de soutien qui coûtent cher mais qui soutiennent la consommation.  

Mais ce n’est pas le principal dilemme, qui est de décoincer la quantité fantastique d’épargne accumulée, pour qu’elle parte dans la consommation et aide les commerces, les services et les entreprises à rebondir quand le pire de la crise sanitaire sera passée, à la fin du printemps. Pendant les confinements et les couvre-feux, les Français ont mis de côté 110 milliards d’euros supplémentaires et ce chiffre pourrait être de 200 milliards fin 2021. Deux fois le plan de relance, qui risque d'être du coup la pelletée de sable versée dans un trou sur la plage ! 

Et du coup, les idées fleurissent pour pousser les épargnants à dégeler ce qui dort sur leurs comptes courants. A gauche, l’idée est de taxer l’épargne des ménages moyennement et très aisés, pour les inciter à dépenser avant d’être taxés et pour récupérer de l’argent. Si vous voulez mon avis, taxer de l’argent que les Français n’ont pas pu dépenser à cause des mesures sanitaires décidées par l’Etat, cela battrait des records de popularité ! A Bercy, Bruno Le Maire pense, lui, à tout à fait autre chose : inciter fiscalement les ménages à donner -maintenant- de l’argent à leurs enfants ou petits-enfants. Cela serait plus populaire, mais oh surprise par définition cela aiderait les épargnants qui ont de l'épargne.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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