Une polémique secoue l’Allemagne. Il s’agit d’une histoire incroyable : Berlin a retrouvé 55 milliards d’euros qui allègent sa dette.

On ne sait si cette histoire, qui prend en défaut la rigueur allemande, donne envie de sourire ou d’être jaloux de nos voisins qui sont décidément heureux (veinards). De quoi s’agit-il ? Les comptables allemands ont fait une erreur de calcul, ils ont confondu addition et soustraction, en auscultant les actifs de la banque Hypo Real Estate nationalisée en 2009. Cette erreur se monte quand même à 55 milliards d’euros, mais cela a, effectivement, cette conséquence : la dette publique allemande est revue à la baisse de ce montant, elle s’élève depuis samedi à 81,1% du PIB contre 83,7% quelques jours avant. Comme les Allemands sont des gens sérieux, ils ne s’en réjouissent pas, ils en veulent à leur ministre des Finances d’avoir fait une erreur aussi grossière. La presse lui tombe dessus à bras raccourcis.

Au-delà de l’anecdote, quelles leçons de cette histoire ?

Une anecdote à 55 milliards quand même ! La première leçon, ou plutôt la première impression, est que la chance sourit toujours aux mêmes. Dans la Bible (nous sommes le jour de la Toussaint), on lit que les premiers seront les derniers. Là, les premiers restent les premiers ! Quand la Grèce falsifie ses comptes publics, c’est évidemment pour cacher que tout va mal. Quand l’Allemagne se trompe, c’est évidemment dans le bon sens... L’Allemagne, c’est plus que jamais l’anti-Grèce. Sur le papier, l’erreur à la baisse de Berlin aurait dû, aurait pu, compenser l’erreur à la hausse d’Athènes. Mais comme les dettes ne sont pas mutualisées sur le même continent, ce n’est pas comme cela que cela fonctionne. Les risques ne se mutualisent pas, ils s’additionnent.

Voilà la première leçon, et la seconde ?

Elle est plus large, elle concerne notre perte de conscience de ce que représentent les sommes dont on nous parle. Cent millions, 10 milliards, 55 milliards, personne n’a idée de ce que cela « pèse ». Un avion Rafale, 150 millions d’euros, la dette française, 1.800 milliards fin 2012, un très haut revenu, 3 millions … tout se vaut. Un exemple de cette confusion : en septembre, le débat public français battait son plein sur la TVA des parcs de loisirs (90 millions), le débat européen portait sur les dettes publiques européennes (8.000 milliards). Du coup, 55 milliards pour l’Allemagne, est-ce beaucoup, pas beaucoup ? Pour simplifier, on ne parle plus en milliards, mais en pourcentage de PIB, pour faire moins peur aussi. Mais du mélange des deux sort une bouillie ! Ce qui manque, ce sont des références pour les chiffres élevés. J’en donne une : le montant du PIB, de la production annuelle française : 2.000 milliards pile cette année.

N’y a-t-il pas de critère plus facile à retenir encore ?

Puisque nous sommes un jour férié, plaisantons : les pays du Nord de l’Europe, les pays sérieux, sont ceux des buveurs de bière ; ceux du Sud, moins sérieux, ceux des buveurs de vin… On sait où est la France !

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