L'Edito Eco de Dominique Seux du journal "Les Echos". La crise, toujours et encore, mais vue de France ce matin. Ici, comme aux Etats-Unis, c'est le retour de l'Etat. On a eu hier une juxtaposition de deux images intéressantes, deux images en provenance de l'Elysée. La première, c'est celle des banquiers et des assureurs convoqués par Nicolas Sarkozy pour une réunion de travail et montant le perron présidentiel. Et puis quelques heures plus tard, Carlos Ghosn, le patron de Renault, qui est venu à son tour. A chaque fois, c'est l'Elysée qui a communiqué. Dans un cas, pour rappeler aux banques que leur rôle, c'est de financer l'économie, littéralement de faire crédit. Dans l'autre, pour annoncer que Renault ne fermerait pas l'usine de Sandouville. Le message est on ne peut plus clair : le pouvoir politique est là, il est aux commandes et sans complexe. Quand il y a une crise de l'emploi, une crise financière, l'Etat est de retour. Alors, est-ce un problème ? S'agissant de Renault, non à condition que le pouvoir ne force pas la main de l'entreprise au détriment de sa compétitivité. S'agissant des banques, évidemment non, l'intervention de l'Etat n'est pas un problème mais une solution, si on voit ce qui s'est passé sur Dexia hier. Rassurer les Français sur leur épargne est tout à fait dans son rôle de garant en dernier ressort. Nicolas Sarkozy, François Fillon ont sans doute raison de ne pas nier la gravité de la crise, raison de vouloir rassurer les Français et de les assurer que si une catastrophe se produit, ils prendront toutes les mesures nécessaires. Raison de sauver au coup par coup ce qui peut l'être. Mais, de la même manière que le gouvernement ne peut pas créer directement des emplois chez Renault, l'exemple de Dexia a montré hier que ses moyens ne sont pas illimités non plus. Il ne faut pas se faire d'illusion. Pour éviter la faillite de cette banque franco-belge spécialisée dans les prêts aux collectivités locales, la Caisse des dépôts a dépensé 2 milliards d'euros, l'Etat un milliard. Ce milliard va augmenter directement la dette publique, qui est déjà à 66% du PIB, 1.269 milliards d'euros exactement. On imagine ce que cela donnerait avec des plus grosses banques. D'où la question : la quasi-nationalisation de Dexia est-elle définitive ou seulement temporaire ? Même si on peut aussi, c'est vrai, se rassurer en se disant qu'aux Etats-Unis, la dette publique va dépasser les 70% du PIB si le plan Paulson est adopté. Conséquence... il serait plus judicieux de parler du retour de la politique, du politique, que du retour de l'Etat. Dans les pays les plus développés, les Etats, surendettés, lourds et pas toujours efficaces, n'ont pas vocation à occuper une place économique plus importante qu'aujourd'hui, il n'est pas vraiment souhaitable qu'ils prennent la place du marché parce que celui-ci a, à un moment, gravement failli. Au contraire, on peut même se dire qu'ils ont une part, petite certes, de responsabilité, parce qu'ils n'ont pas exercé suffisamment leur fonction de contrôle, de régulation. Davantage que le retour d'un Etat-Providence qui n'a jamais vraiment reculé, en tous cas en Europe, cette crise sonnera donc, une fois que l'incendie sera éteint, le retour du politique et de la régulation, plus internationale que nationale - parce que l'Europe est plus victime qu'actrice - celle d'un pouvoir plus normatif que directement actif.

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