Ce matin : la Chine qui continue d’ouvrir des centrales à charbon malgré ses promesses.

Les Chinois mentent. Ce sont des images satellites qui font le tour du monde ces jours-ci sur les réseaux sociaux, et qui mettent à mal l’image d’un pays qui aimerait apparaître comme champion de la lutte contre le réchauffement climatique. 

Quelles images ? Recueillies par un réseau d’ONG américaines (et le rapport est en ligne sur le site de France Inter), elles montrent que la Chine continue de construire à tour de bras des centrales à charbon dans certaines régions malgré la signature par Pékin de l’accord de Paris. Il semble que ce sont des gouverneurs locaux qui n’obéissent pas aux ordres de la capitale. Les photos sont parlantes, on y voit des tours de refroidissement en fonction et des fumées qui s’échappent d’usines normalement fermées. 

Il est difficile de savoir quelle importance exacte ont ces dérapages, d’autant plus que les centrales les plus récentes sont plus propres que les plus vieilles, mais la Chine produit autant de charbon que le reste du monde, et la découverte de cette sortie de route est un signal inquiétant à quelques jours de la publication, vendredi, du nouveau et très attendu rapport du GIEC. La centaine d’experts qui planchent depuis 2015 évalueront en effet les conséquences sur le monde de l’augmentation des températures de 1,5 degré. On le sait déjà, il faudra corriger à la hausse les scénarios puisque le réchauffement s’installe sur une courbe supérieure à 2°.

Quelles leçons tirer de cette révélation ?

Il y en a trois à mon avis. 

La première est que la Chine peut être à la fois championne des renouvelables et de la pollution. Sa croissance, la plus spectaculaire dans l’histoire, s’est appuyée sur une consommation d’énergie démultipliée : la production des centrales à charbon est passée de 350 à 1.000 Gigawatts en une dizaine d’années. Mais rien qu’en 2017, Pékin a aussi installé une capacité solaire de 50 gigawatts, soit la capacité cumulée déjà installée de la France et de l’Allemagne. 

La 2ème leçon est qu’il existe une opinion publique dans les grandes villes chinoises (il n’y a plus de charbon à Pékin) mais peu dans les régions, et il y a du coup peu de contrôles. Surtout, toutes le statistiques chinoises sont suspectes : qui ne s'est jamais étonné que la croissance chinoise tourne depuis dix ans entre 6,8 et 7% ? C’est le propre des régimes autoritaires. 

La 3ème leçon est que c’est bien en Asie que se jouera l’avenir du réchauffement et pas sur les 4 centrales à charbon françaises – même si leur fermeture est prévue.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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