Engie a donné un quasi-accord à l'offre de Veolia pour reprendre Suez, qui espère une contre-offre détaillée d'ici lundi par le fonds d'investissement Ardian - le chevalier blanc. Le Tout-Paris des affaires prend parti tout en étant stupéfiait de la violence de la bagarre.

Veolia a fait un pas important hier soir pour s’emparer de Suez, l’autre grand maillot tricolore de la distribution d’eau ... même s’il lui reste quelques centimètres déterminants à franchir, et on sait que des rebondissements sont toujours possibles - et il y en a un qui vient d'arriver il y a vingt minutes. 

A l’issue d’un long conseil d’administration qui s’est achevé après 21 heures, l’énergéticien Engie, qui a mis en vente sa participation de 30% au capital de Suez, a salué et accepté l’offre de Veolia, qui fera rentrer plus de 3 milliards d’euros dans ses caisses et maintiendra les emplois de Suez jusqu’à la fin 2023. 

Mais le climat reste épouvantable entre Veolia et les dirigeants de Suez, qui ne veulent pas être rachetés, et Engie a suspendu sa décision définitive et finale jusqu’à lundi soir. Ces cinq jours, exigés par l’Etat, doivent normalement permettre de calmer les esprits : en fait on a un doute parce que Suez vient de loger juridiquement une partie de ses activités aux Pays-Bas, que Suez s’est encore offert hier matin une page de publicité dans Les Echos pour dénoncer le désastre de son rachat éventuel par Veolia et que Suez a reçu il y a quelques instants un appui (encore assez vague) du fonds d'investissement Ardian de Dominique Senequier. Voilà.

Maaintenant, si on essaie de prendre de la hauteur, que voit-on ? On voit que le capitalisme français, cela peut être la guerre, ce n’est pas le monde des Bisounours. Tout le Paris des affaires a pris parti d’un côté ou de l’autre. Avant-hier soir, Antoine Frérot (Veolia), Philippe Varin et Bertrand Camus (Suez) se sont vus et se sont quittés au bout d’une demi-heure. On voit qu’Engie (Jean-Pierre Clamadieu), aura les moyens d’investir dans les renouvelables et le gaz. On voit que l’Etat a du mal à se faire entendre : Bruno Le Maire a beaucoup réclamé l’apaisement, en vain.

Et sur le fond ?

Dans la saison 1 de ce feuilleton, Suez a fait beaucoup d’erreurs et surtout n’a jusqu'à maintenant pas trouvé d’alternative à Veolia. Au-delà, si Veolia reprend Suez, est-ce bien ? Franchement, les avis sont très partagés … La partie française de Suez sortirait du périmètre tandis que le nouveau Veolia-Suez constituerait un champion français à l’international – c’est l’objectif. Mais on sait qu’entre deux entreprises qui ne s’aiment pas, le mariage peut ne jamais fonctionner, on connaît bien des exemples. Vous vous souvenez de House of Cards (une série américaine de conquête du pouvoir suprême par des personnalités un brin ... machiavéliques) ? La saison 2 peut être plus violente encore que la saison 1. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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